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Une « Carrie » pour notre époque

Bilan de ce Carrie version Mike Flanagan après avoir dormi dessus : une adaptation qui ose plein de choses, qui ne réussit pas tout mais qui a été soigneusement réfléchie. Certains se demandaient pourquoi refaire ce qui a déjà été adapté plusieurs fois, ils auront la réponse en regardant. Mike Flanagan s’éloigne autant du roman de Stephen King qu’il l’avait fait pour The Haunting of Hill House et Bly Manor, tout en revenant à la source avec des éléments qui étaient absents de la version De Palma. Comme dans le roman, on sait d’entrée de jeu que le bal de promo s’est atrocement mal passé, mais le chemin qui y conduit est différent, ce qui crée une nouvelle forme de suspense. J’avais prévu de tout regarder en deux jours, mais je n’ai pas pu m’arrêter avant la fin.

Du côté des points négatifs pour moi : je n’ai pas été totalement convaincue par une certaine tentative d’élargissement de l’univers, je n’en dis pas plus pour vous laisser découvrir, mais je trouve qu’à certains moments ça gâche un peu la portée de l’ensemble. Et comme il y a une volonté de rendre le résultat plus ambigu et nuancé, l’ensemble est moins frontal que dans le film de De Palma et certains (pas moi) risquent de trouver ça un peu mou.

Côté positif : la transposition de l’histoire à notre époque a été extrêmement bien pensée et ne s’attarde pas à quelques détails de surface. C’est vraiment un « Carrie » entièrement repensé pour notre époque. J’ai adoré aussi le travail sur certains personnages. Chris Hargensen la première qui, de fille à papa trop gâtée qui n’aime pas qu’on la contrarie, devient un personnage plus trouble, qui traverse une mauvaise passe et a besoin de se défouler, et Carrie se trouve juste là au mauvais moment. Le couple toxique qu’elle forme avec Billy Nolan est retranscrit d’une manière un peu différente et très fine.

Il y aussi un travail très intéressant pour repenser complètement le personnage de Margaret White, avec qui on est ici en empathie une grande partie du temps, même quand elle prend les mauvaises décisions. Ce qui évite toute comparaison avec la version terrifiante de Piper Laurie mais aussi avec le personnage de bigote que la géniale Samantha Sloyan interprétait déjà dans Les Sermons de minuit, peut-être ma série préférée de Mike Flanagan à ce jour.

J’ai beaucoup aimé aussi l’interprétation de Summer Howell, notamment dans les premiers épisodes où elle retranscrit parfaitement l’impression de décalage que dégage Carrie et qui ne peut que la mettre à l’écart des autres élèves.

Il y a des moments plus faibles à mes yeux, notamment la toute fin, mais aussi beaucoup de moments forts et des images qui restent. Il faut toutefois bien garder en tête que ce n’est pas totalement là l’histoire qu’on connaît. J’avais reproché à Flanagan de rester trop près du texte de Stephen King dans Life of Chuck et je suis rassurée qu’il ait choisi ici une tout autre approche. En bref, une excellente et surprenante adaptation.

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Heureuse qui comme Ulysse

Pénélope s'habille en Prada



Pénélope et Circé, mes reines !! Sans doute les deux personnages qui m’ont plus marquée dans cette splendide Odyssée. On reproche parfois à Christopher Nolan de faire un cinéma trop cérébral voire abstrait, mais il y a ici le souffle épique nécessaire et de vrais moments d’émotion, notamment dans la partie consacrée au retour d’Ulysse à Ithaque.

Si les sirènes m’ont un peu déçue, j’étais assez impressionnée par un Polyphème bien flippant qu’on croirait sorti tout droit des Backrooms (et j’ai su que j’avais trop joué à Hades 2 quand je l’ai imaginé en train de dire « Je vais faire une petite sieste »). Tout le passage sur Circé est bluffant, à la fois par l’interprétation hantée de Samantha Morton et par une représentation très originale de sa magie.

"Tous des porcs"

Tout le casting est parfait, Anne Hathaway est une incroyable Pénélope, elle porte sa souffrance, sa colère, sa dignité et son inhumaine patience avec une justesse magnifique. Robert Pattinson est tellement détestable qu’on attend presque aussi impatiemment de le voir se faire dézinguer que de voir Pénélope retrouver son homme. Matt Damon est un très bel Ulysse rongé par le remords, et Elliott Page est touchant en jeune soldat sacrifié.

Malgré quelques longueurs, c’est vraiment un beau spectacle qui nous rappelle combien ce mythe a pu nous faire vibrer depuis l’enfance dans ses différentes incarnations. Et j’en ressors, si j’ose dire, heureuse qui comme Ulysse a fait un beau voyage de trois heures.

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Hades 2 : Mort à Cronos !

En commençant Hades 2, j’ai d’abord eu l’impression de voir une version légèrement remaniée du premier. On incarne cette fois Mélinoé, fille d’Hadès et sœur de Zagreus, qui est formée à la sorcellerie par Hécate et se destine à tuer Cronos pour venger son père. Le principe reste le même : on rejoue en boucle un même parcours à l’aide de bienfaits accordés par les dieux qui ne sont jamais les mêmes d’une fois sur l’autre et dont dépend notre capacité à vaincre les différents ennemis croisés. À première vue, rien de bien nouveau si ce n’est l’usage de la magie qui s’ajoute à celui des armes.

Sauf que le jeu, à mesure qu’on avance, dévoile des surprises. Déjà, la difficulté m’a semblé nettement mieux dosée. Là où j’avais ramé sur le premier jeu et dû me résoudre à activer le mode facile pour arriver au bout, j’ai ici atteint Cronos sans jamais y recourir. Par ailleurs, chaque fois qu’on pense être sur des rails, le jeu dévoile une nouvelle dimension inattendue : une deuxième zone à explorer, un mode de défi permettant de faire des parties courtes avec certaines contraintes, des décors plus variés (comme les superbes vaisseaux des morts du Détroit de Thessalie). Les bienfaits des dieux sont nombreux et permettent de créer des combos intéressants (mon préféré : le glyphe enflammé d’Hestia, la flèche chercheuse d’Artémis et l’étincelle de Zeus qui rebondit d’un ennemi à l’autre).

Et surtout, il y a une galerie de personnages fabuleux et un sens du détail qui fait mouche. Hypnos qui pionce pendant tout le jeu, Polyphème qui s’effondre au milieu de ses moutons à la fin du combat en disant “Je vais faire une petite sieste”, Eris en petite peste qui sème des détritus partout, Cerbère toujours aussi chou, une Hécate qui a vraiment de la gueule, et surtout Scylla et les Sirènes, groupe de rock qu’on affronte pendant un concert sur une scène sous-marine, séquence déjà culte, d’autant que leurs chansons sont fabuleuses. J’ai beaucoup écouté la BO de Darren Korb en travaillant ces derniers temps, elle est particulièrement réussie et addictive. Le jeu se révèle en fin de compte, comme je l’avais entendu dire, encore meilleur que son prédécesseur qui avait déjà placé la barre très haut.

Chapeau bas, vraiment. Et mort à Cronos !

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Persona 5 Royal : donjons et révisions

Arrivée aux deux tiers du jeu (70h englouties depuis le début de l’été), je peux affirmer que Persona 5 Royal, que je joue sur Switch, est un énorme coup de cœur. Je précise que je n’ai pas joué aux autres Persona ni à Shin Megami Tensei dont la série est un spin-off, et je découvre en bloc tout cet univers réjouissant.

On y suit un groupe de lycéens qui découvrent l’existence d’un métavers reflétant la psyché des humains, et notamment de certains criminels dont les désirs tordus matérialisent des sortes de donjons nommés « Palais » dont ils sont le boss final. Ainsi, un prof harceleur se voit comme le roi d’un château où les élèves sont ses esclaves. Le groupe se baptise « Voleurs fantômes » et entreprend d’infiltrer ces Palais pour y voler des objets symbolisant ces désirs tordus, provoquant ainsi une métanoïa, un changement de personnalité qui pousse les criminels au repentir.

La grande originalité du jeu est l’alternance de phases de RPG classiques avec infiltration et combats au tour par tour et de la description d’une année scolaire, examens et voyages de classe compris, où l’on dispose d’un temps limité pour accomplir des activités qui boostent les capacités du personnage. On joue aux fléchettes pour renforcer la cohésion de l’équipe, on gagne des points de courage en relevant le défi d’un fast food consistant à manger un burger gargantuesque en un temps limité, on augmente ses points de vie à la salle de sport, on noue des liens avec des personnages représentant chacun un arcane du tarot, qui permettent de gagner des bonus spécifiques. Beaucoup trop d’options et pas assez de temps, c’est là que réside la difficulté du jeu.

Une fois qu’on a pris ses marques et qu’on s’est habitué·e à la structure un peu rigide des journées et à la longueur de certains dialogues, le jeu devient extrêmement fun et addictif. Les phases d’infiltration m’ont marquée par l’originalité et la diversité de la représentation des espaces mentaux, avec à certains moments une finesse qui m’a rappelé les Silent Hill, l’angoisse en moins (notamment lors de l’histoire poignante d’une gamine traumatisée par la mort de sa mère). On s’amuse beaucoup avec les « Personas », sorte d’archétypes de fiction qui donnent leurs pouvoirs aux personnages et qu’on peut capturer, fusionner, modifier pour gagner en puissance. Arsène Lupin, Zorro, Carmen, Anubis, Athéna, Thanatos ou encore un Belphégor à l’air vraiment chelou, il y en a des dizaines.

Autre point fort, l’intrigue est vraiment prenante et réussit à se renouveler constamment alors qu’elle s’appuie sur une structure figée (alternance de périodes de calme, préparation aux donjons, infiltration, retour au calme et ainsi de suite) et que le jeu dure une centaine d’heures. C’est très malin et la galerie de personnages est aussi attachante que parfois improbable, comme ce personnage à tête de chat qui jure qu’il a été humain et se change en fourgonnette en disant « ‘Ben quoi, c’est courant dans l’imaginaire, les chats qui se transforment en bus ! »

Le seul point noir pour moi réside malgré tout dans le traitement des personnages notamment féminins (sexualisés d’une manière parfois gênante) ou LGBT+ (pour le peu qu’on en croise). La sous-intrigue de la prof qui arrondit ses fins de mois en jouant les « soubrettes » et qui tombe un soir sur ses élèves, on aurait pu s’en passer. J’ai cru comprendre que c’était un problème récurrent dans la série.

Pour le reste, l’intrigue, le graphisme, l’ambiance musicale, le gameplay m’ont emballée à tous les égards. Je suis à la fois impatiente d’atteindre la fin et un peu triste de savoir que je quitterai alors ces Voleurs fantômes auxquels je me suis tellement attachée.

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« Riddle of Fire », foncez si vous pouvez !

J’aurais vraiment aimé vous recommander ce premier film de Weston Razooli, mais il passe dans si peu de salles que vos chances de le voir sont très minces, et c’est honteux d’enterrer dès sa sortie un film aussi réjouissant et original. Une sorte d’histoire de gosses pour adultes, un genre de Goonies chez les rednecks en mille fois plus barré, où un trio infernal de sales gosses fantasme le réel comme un jeu de rôle ou jeu vidéo et s’embarque dans une quête invraisemblable pour gagner le droit de jouer à la console. Le ton est très particulier, le casting génial, les personnages ont des gueules et du caractère, c’est très drôle et inventif. Si l’occasion de le voir se présente, maintenant ou plus tard, foncez. 

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