Blog : catégorie Jeux de rimes

L’âge de déraison

 

Rien ne se perd
Mais tout se crée,
Tout se transforme
Et tout renaît.

Perdre en vigueur
Ce qu’on gagne en sagesse,
Rire au nez des vieilles peurs
Et saisir les promesses,
Goûter bien mieux les heures
Dans la nouvelle ivresse.

Oser se démasquer
Sans redouter demain,
Apprendre à s’écouter
Pour devenir enfin
Ce qu’on aurait été
Sans entraves et sans freins.

Se découvrir vivant,
Accueillir comme un don
Son premier cheveu blanc,
Apprendre enfin son nom.
Voici venu le temps
De l’âge de déraison.

L’horizon se réduit
Et la joie se révèle
Au gré des accalmies
Et des envies nouvelles,
Des possibles s’enfuient
Quand d’autres nous appellent.

Un geste appris s’efface,
Un autre se dessine,
L’écriture se déplace
Et notre voix s’affine,
Apprivoise et embrasse
L’imperfection divine.

Car rien ne se perd
Mais tout se crée,
Tout se transforme
Et tout renaît.

 

Une forme de réponse à « La bienvenue », très belle chanson à paraître en septembre sur le prochain album de mon amie Robi, musicienne de grand talent dont les textes m’impressionnent beaucoup. Chanson qui résonne énormément chez moi dans ce qu’elle dit de l’apaisement qui accompagne l’âge, et qui a nourri en écho ce texte-ci.

« Est-ce jeunesse? Joie revenue?
La vie me souhaite un jour de plus
La bienvenue

Est-ce vieillesse? Joie devenue?
La vie me souhaite un jour de plus
La bienvenue »

Photo par René-Marc Dolhen.

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Ici les rues sont vides

Ici les rues sont vides
Et la brume les noie,
Le silence est fétide
Et le jour aux abois,
La nuit se fait livide
Et propice à l’effroi,
Les heures mêmes sont perfides
Qui glissent entre vos doigts.

Parfois le long des murs
J’entends se faufiler
D’informes créatures
Aux sanglots de damnés,
Leur chair contre nature
Atrocement marquée
Par de sombres tortures
Et d’infâmes secrets.

Tous ici nous fuyons,
Tous ici nous sommes seuls.
La ville se fait prison,
La ville se fait linceul
Pour qui a ses démons.

Dans les couloirs déserts,
L’homme au couteau tranchant
Et au casque de fer
Me suit d’un pas traînant.
Sa lame justicière
Ne désire que mon sang.
Ô bourreau des enfers,
Jugez-moi innocent !

Ici, les gens m’accusent
Et ma mémoire vacille.
Car la ville a ses ruses :
Le déni se fendille
Et les hurlements fusent
Quand la radio grésille
Dans les maisons recluses,
Et l’esprit part en vrille.

Tous ici nous crions,
Tous ici nous sommes seuls.
La ville perd la raison,
La ville se fait linceul
Pour qui fuit ses démons.

C’est pour mieux me mentir
Qu’ici j’ai pourchassé
L’écho des souvenirs
De mon amour brisé.
Mais l’oubli se déchire,
Il me faut l’affronter :
Oui, j’ai commis le pire.
Je suis son meurtrier.

 

C’est en écoutant « Fantaisie héroïque », la géniale chanson de Juliette sur les jeux vidéo, que m’est venue l’idée d’essayer de rendre hommage à un jeu qui m’a beaucoup marquée. Il fallait forcément que ce soit Silent Hill 2, que je considère (pour ceux qui ne m’ont pas encore entendue radoter sur le sujet) comme un authentique chef-d’œuvre du genre fantastique et une expérience vidéoludique vraiment unique.

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Les monstres se sont tus

 

Les monstres se sont tus
Et j’ai peine à le croire,
Je ne les entends plus
Chuchoter leurs histoires.
Auraient-ils disparu
Sans même un au revoir
Après m’avoir tendu
Si longtemps ce miroir ?

Plus d’esprits enchaînés
Dans de sombres bâtisses,
Plus de loups éveillés
Par d’anciens maléfices,
De tigres éthérés
Sous des lunes complices,
Plus de dragons cachés
Au fin fond de l’abysse.

J’ai noirci tant de pages
À l’encre des chimères,
Mais la fiction volage
Ne m’est plus familière.
Quittons ce vieux pelage
Et cherchons la manière
De rendre bel hommage
À mes monstres d’hier.

 

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Éloge du célibat

 

Je suis sorcière, que voulez-vous,
Brandie comme un épouvantail
Pour mieux vous effrayer.
Car la seule existence qui vaille,
C’est vieillir auprès d’un époux,
On nous l’a martelé.

J’ai la vie douce, détrompez-vous,
Si loin de ces caricatures
Qu’on voudrait vous brosser :
Mégère à la triste figure
Se languissant d’un amour fou
Ou princesse esseulée.

J’aime le silence, figurez-vous.
La volupté des solitaires,
Leur intime liberté :
Choisir quand rire ou quand se taire,
Laisser les heures glisser sur nous,
Écrire ou paresser.

Je suis sereine, le croirez-vous.
Personne ne souffle à mon oreille
Ses quatre volontés.
J’y trouve un luxe sans pareil :
N’être qu’à soi, suivre ses goûts
Et vivre sans regrets.

 

Puisque les mots reviennent en rimes, suivons le fil où il nous mène. Authentique photo de célibataire-à-chat et de son familier dans leur environnement naturel.

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J’ai choisi la guerrière

 

J’ai choisi la guerrière,
La savante à l’égide,
Stratège et conseillère.
Celle qui, nous dit Ovide,
Pour une défaite amère
Vous change en arachnide
Au feu de sa colère.

J’ai choisi la guerrière,
Fille d’une océanide
Et d’un dieu des éclairs,
Surgie déjà lucide
Du crâne de son père,
Je l’adopte pour guide
En un vœu téméraire.

J’ai choisi la guerrière,
Je l’ai voulue solide,
Ni figure nourricière
Ni jouvencelle timide,
Ni esclave de la chair
Aux appétits languides,
Ni passive à se taire.

J’ai choisi la guerrière,
L’érudite intrépide
Au savoir millénaire,
Pour la morgue splendide,
Pour la lance et le fer,
La volonté rigide,
La foudre et le tonnerre.

 

Parfois, les mots font n’importe quoi : on les espère en fiction, ils viennent sous forme de rimes.
Tatouage par Lanj (La Vanité, Paris).

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