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Ici les rues sont vides

Ici les rues sont vides
Et la brume les noie,
Le silence est fétide
Et le jour aux abois,
La nuit se fait livide
Et propice à l’effroi,
Les heures mêmes sont perfides
Qui glissent entre vos doigts.

Parfois le long des murs
J’entends se faufiler
D’informes créatures
Aux sanglots de damnés,
Leur chair contre nature
Atrocement marquée
Par de sombres tortures
Et d’infâmes secrets.

Tous ici nous fuyons,
Tous ici nous sommes seuls.
La ville se fait prison,
La ville se fait linceul
Pour qui a ses démons.

Dans les couloirs déserts,
L’homme au couteau tranchant
Et au casque de fer
Me suit d’un pas traînant.
Sa lame justicière
Ne désire que mon sang.
Ô bourreau des enfers,
Jugez-moi innocent !

Ici, les gens m’accusent
Et ma mémoire vacille.
Car la ville a ses ruses :
Le déni se fendille
Et les hurlements fusent
Quand la radio grésille
Dans les maisons recluses,
Et l’esprit part en vrille.

Tous ici nous crions,
Tous ici nous sommes seuls.
La ville perd la raison,
La ville se fait linceul
Pour qui fuit ses démons.

C’est pour mieux me mentir
Qu’ici j’ai pourchassé
L’écho des souvenirs
De mon amour brisé.
Mais l’oubli se déchire,
Il me faut l’affronter :
Oui, j’ai commis le pire.
Je suis son meurtrier.

 

C’est en écoutant « Fantaisie héroïque », la géniale chanson de Juliette sur les jeux vidéo, que m’est venue l’idée d’essayer de rendre hommage à un jeu qui m’a beaucoup marquée. Il fallait forcément que ce soit Silent Hill 2, que je considère (pour ceux qui ne m’ont pas encore entendue radoter sur le sujet) comme un authentique chef-d’œuvre du genre fantastique et une expérience vidéoludique vraiment unique.

  2 commentaires pour “Ici les rues sont vides

  1. 13 avril 2019 at 21 h 25 min

    C’est un très bel hommage à Silent Hill 2 et à ce cher James Sunderland. Evidemment, la dernière strophe ne peut que ramener des souvenirs émus, et même quelques frissons. Le mélange de silence, de cris et de solitudes reflète bien aussi l’atmosphère de la série de jeux…”La ville se fait linceul / Pour qui veut fuir ses démons” est parfait aussi aussi, dans son intention et dans sa formulation. Merci pour ce beau poème !

    J’avais commenté il y a longtemps sur votre blog et je me souviens que vous aviez beaucoup aimé Layers of Fear également (il y en a un deuxième en cours de préparation, sur le cinéma cette fois). Dans les jeux psychologiques et fantastiques/effrayants du même registre, il y a également Hellblade : Senua’s sacrifice (une relecture inversée du mythe d’Orphée, où une guerrière picte part à la recherche de l’âme de son bien-aimé dans le Hel de la mythologie nordique, avec monstres symboliques, et thématique de la psychose, Senua en étant atteinte) et Alice : Madness Returns, une relecture noire d’Alice au pays des merveilles, dans le Londres de l’époque, avec un pays des merveilles macabre et dévasté.

    • Mélanie Fazi
      14 avril 2019 at 10 h 30 min

      Merci pour vos commentaires et pour ces conseils ! Je ne savais pas qu’il y avait un deuxième Layers of Fear en préparation mais j’avais effectivement été très marquée par le premier. On m’a déjà conseillé Hellblade: Senua’s Sacrifice mais je joue moins actuellement.

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