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L’âge de déraison

 

Rien ne se perd
Mais tout se crée,
Tout se transforme
Et tout renaît.

Perdre en vigueur
Ce qu’on gagne en sagesse,
Rire au nez des vieilles peurs
Et saisir les promesses,
Goûter bien mieux les heures
Dans la nouvelle ivresse.

Oser se démasquer
Sans redouter demain,
Apprendre à s’écouter
Pour devenir enfin
Ce qu’on aurait été
Sans entraves et sans freins.

Se découvrir vivant,
Accueillir comme un don
Son premier cheveu blanc,
Apprendre enfin son nom.
Voici venu le temps
De l’âge de déraison.

L’horizon se réduit
Et la joie se révèle
Au gré des accalmies
Et des envies nouvelles,
Des possibles s’enfuient
Quand d’autres nous appellent.

Un geste appris s’efface,
Un autre se dessine,
L’écriture se déplace
Et notre voix s’affine,
Apprivoise et embrasse
L’imperfection divine.

Car rien ne se perd
Mais tout se crée,
Tout se transforme
Et tout renaît.

 

Une forme de réponse à « La bienvenue », très belle chanson à paraître en septembre sur le prochain album de mon amie Robi, musicienne de grand talent dont les textes m’impressionnent beaucoup. Chanson qui résonne énormément chez moi dans ce qu’elle dit de l’apaisement qui accompagne l’âge, et qui a nourri en écho ce texte-ci.

« Est-ce jeunesse? Joie revenue?
La vie me souhaite un jour de plus
La bienvenue

Est-ce vieillesse? Joie devenue?
La vie me souhaite un jour de plus
La bienvenue »

Photo par René-Marc Dolhen.

  5 commentaires pour “L’âge de déraison

  1. Benjamin
    11 mars 2019 at 15 h 35 min

    C’est très jolie. Le rythme de la dernière strophe est tellement parfait. Lavoisier se régale.
    Merci pour toutes ses jolies créations.

    • Mélanie Fazi
      12 mars 2019 at 18 h 09 min

      Merci à vous pour ce retour !

  2. Chouette
    28 mars 2019 at 22 h 30 min

    Bonjour, je ne savais pas trop où vous laisser ce mot, désolée si ça ne correspond pas au poème (que par ailleurs j’aime beaucoup tellement il y a de choses qui me parlent dedans).
    Je suis en train de lire Le jardin des silences, c’est le premier livre que je lis de vous, d’habitude je ne lis pas de nouvelles. Je voulais vous remercier pour ce que vous posez avec les mots, je lis ces nouvelles une à une, petit à petit, je prends beaucoup de temps entre chacune parce qu’elles dégagent généralement un écho qui me reste et que je ne veux pas interrompre en passant à autre chose trop vite. J’ai été même bouleversée par certaines, d’une émotion qui vient du fond des tripes, et qui revient quand ‘y repense. Cela faisait longtemps que je n’avais pas découvert un auteur qui me touche autant, et dont les textes me font comme un univers où je me coule avec cette curiosité de qu’est-ce qui va se passer cette fois, et cette découverte, ces surprises à chaque fois, avec une justesse si simple dans les émotions et les mots. Je ne sais pas même pas comment le décrire vraiment, mais je vous remercie, et lorsque j’aurai terminé ce recueil je lirai les autres. Merci beaucoup, et beaucoup de bonnes choses à vous, pour l’écriture comme le reste.
    S.

    • Mélanie Fazi
      2 avril 2019 at 16 h 08 min

      Merci infiniment pour votre retour ! Je suis très touchée que ce livre vous parle de cette manière.

  3. 13 avril 2019 at 21 h 08 min

    C’est un très beau poème ! J’apprécie particulièrement la deuxième strophe. L’ensemble et ce passage en particulier me rappellent un thème récurrent des oeuvres de Daphne du Maurier, celui de l’apaisement qui naît avec la maturité et l’âge plus qu’adulte, face aux peurs, aux incertitudes et angoisses de la jeunesse. Certes, on perd un feu, une spontanéité, une candeur en un sens. Mais l’apaisement qui en naît, le fait d’en savoir plus sur soi, compense les tourments et l’insécurité d’avant. Et c’est une évolution naturelle dont on peut avoir peur au début, mais qui prend tout son sens et est même nécessaire pour continuer à vivre. Vous l’exprimez vraiment très bien.

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