Blog - page 15

Art Corvus

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Bien que l’envie soit restée présente depuis treize ans (en témoigne ma fascination pour ceux des autres), j’ai longtemps répété que je ne voulais pas d’un deuxième tatouage, qui retirerait à la symbolique du premier. Jusqu’au jour où ma petite salamandre tribale de 2001 n’a plus suffi à me représenter. J’avais trop changé entre-temps et la salamandre seule était devenu, sinon obsolète, disons incomplète. Comme une parenthèse ouverte qui s’était refermée entre-temps et qu’il fallait marquer à son tour.

 

L’envie de marquer cette nouvelle page tournée s’est précisée l’an dernier, mais le motif exact m’échappait. Jusqu’à ce séjour à Houston où les moments liés aux oiseaux se multipliaient, à commencer par les pauses lecture dans ce coffee shop où les blackbirds guettaient le départ des clients pour se jeter sur leurs assiettes et picorer les restes. Et cette visite chez un antiquaire où une bague en forme de peyote bird indien m’avait fascinée. Soudain, c’est devenu une évidence : ce serait un oiseau, et partant de là, ça ne pouvait être qu’un corbeau.

 

Quelques mois plus tard, sans avoir assez réfléchi, je commençais par frapper à la mauvaise porte et faire confiance à la mauvaise personne, pour tout annuler deux jours avant le rendez-vous en découvrant, un peu effarée, le motif qu’on me proposait. Il a fallu qu’une tatouée mieux renseignée me mette sur la piste de divers tatoueurs au style personnel très marqué, de ceux qu’on peut réellement qualifier d’artistes. J’ai découvert des possibilités infinies que je ne soupçonnais pas, et repéré quelques noms dont le style me parlait : Dodie, Aurélio ou encore Maud Dardeau. Mais je revenais constamment sur la page Facebook d’Art Corpus. Un album en particulier m’avait tapé dans l’œil : celui de Nils au style proche de la BD, dont quelques pièces m’avaient vraiment soufflée. Soudain mon projet de corbeau, que je voyais au départ petit et stylisé, commençait à muter. Je me prenais à rêver de l’imaginer dessiné avec cette griffe-là, ces ombres-là.

 

Le hasard a voulu que je prenne mon rendez-vous au moment où mon recueil Serpentine fêtait ses dix ans. J’ai reparcouru la nouvelle-titre en m’étonnant de la trouver assez fidèle aux questionnements et aux étapes par lesquels j’étais en train de repasser. Deux mois plus tard, me voilà qui descends dans le sous-sol d’Art Corpus. Pendant toute la séance, j’avais sous les yeux un mur où étaient accrochés des dizaines de croquis de tatouages de Nils, parmi lesquels figuraient ceux que j’avais tellement regardés ces dernières semaines. Ce papillon fait de rouages, ces crânes entourés d’autres papillons, cette faucheuse, cette clé stylisée…  À mi-chemin de la séance, quelqu’un a eu la divine idée de lancer le Kicking against the pricks de Nick Cave en fond sonore, album que j’écoute peu ces jours-ci mais pour lequel je garde une grande tendresse. Je me rappelle avoir serré les dents sur Long black veil tandis qu’on attaquait les parties les plus sensibles, jubilé pendant Sleeping Annaleah qui m’est resté en tête depuis et éprouvé une indescriptible euphorie tandis que le tatouage se terminait aux dernières notes de The carnival is over.

 

Je sais d’expérience qu’on garde un souvenir extrêmement précis d’une séance de tatouage. Une fois le stress évacué, restent des images et des sensations, le rapport à la douleur (nettement supportable mais pas négligeable pour autant), la conscience de franchir une étape sans retour, le rapport de confiance qu’on noue avec le tatoueur auquel on soumet sa peau. Je suis reconnaissante à Nils d’avoir tiré le motif vers l’idée d’une pièce plus grande, que je n’aurais sans doute pas osé tenter de moi-même mais qui est avec le recul une évidence absolue. Tout comme je sais que j’ai choisi exactement le tatoueur que je cherchais, celui qui a su mettre en forme mes idées encore floues et me mettre ensuite en confiance.

 

Reste maintenant à franchir l’étape cruciale de la cicatrisation, puis à voir comment il vieillira. Mais quarante-huit heures plus tard, je me demande déjà comment j’ai pu vivre si longtemps avec le bras si nu.

 

 

 

 

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"Les Chambres inquiètes"

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J’ai souvent dit et répété à quel point j’avais été marquée adolescente par les nouvelles fantastiques de Lisa Tuttle, au point de la citer comme la seule influence directe et consciente que je reconnaisse dans mon écriture. Serpentine lui était logiquement dédié. Je m’en expliquais il y a trois ans dans la préface du recueil Ainsi naissent les fantômes que j’avais rassemblé, traduit et préfacé pour les éditions Dystopia.

 

Les mêmes éditions Dystopia ont aujourd’hui l’excellente idée de lui consacrer un deuxième recueil, intitulé Les Chambres inquiètes. Il s’agit cette fois d’une sélection de ses meilleurs textes parus en français dans les années 90, que ce soit dans les anthologies Territoires de l’inquiétude ou dans ses propres recueils chez Denoël (Le Nid et Sur les ailes du cauchemar). Le recueil est cette fois traduit et présenté par Nathalie Serval, qui a traduit la grande majorité des œuvres de Lisa Tuttle disponibles en français.

 

Je manque de recul pour vous parler de ce livre en détail. J’en dirai simplement que c’est un peu étrange (une étrangeté fort agréable) de voir reparaître aujourd’hui des nouvelles comme « La tombe de Jamie », « Vol pour Byzance », « L’Autre mère » ou « Les mains de M. Elphinstone », qui font partie de l’imaginaire de mon adolescence et dans lesquels j’ai découvert une approche du fantastique qui m’a marquée durablement – un fantastique subtil, insidieux et souvent dérangeant, qui plonge ses racines dans le quotidien le plus ordinaire et les angoisses les plus universelles. Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur Les Chambres inquiètes, Hugues Robert de la librairie Charybde en parle de fort belle manière sur son blog.

 

Pour fêter cette parution, la librairie Charybde invite Lisa Tuttle et Nathalie Serval ce samedi 12 avril dans le cadre des septièmes Dystopiales, où elles signeront en belle compagnie : Serge Lehman, Luvan, Laurent Genefort et Christian Chavassieux. J’y serai également, en touriste ravie de recroiser tout ce beau monde et de voir paraître ce recueil. Une belle après-midi en perspective.

 

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Agenda de printemps

 

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Quoi de plus agréable que de voir coïncider ma période préférée de l’année, celle où les premiers rayons de soleil commencent à dissiper l’hiver, avec le moment où ce que sera mon année 2014 commence à se préciser ? Beaucoup de choses petites et grandes bougent en sous-marin depuis quelques semaines. Il est trop tôt pour en parler, comme souvent, à ma grande frustration. Je me contenterai d’évoquer une nouvelle à paraître dans quelques mois, deux invitations à des salons avant l’été dont l’un en compagnie des Deep Ones, un projet d’écriture un peu particulier, une nouvelle expérience intéressante à vivre cet automne. Pour le reste, motus en attendant que les choses se confirment. Mais l’année promet d’être aussi chargée sinon plus que le fut 2013 (dite « l’année des grandes premières et du jonglage de casquettes »).

 

Ce que je peux vous annoncer officiellement, en revanche, c’est la parution d’une nouvelle inédite, « Le dit de la pleine lune », dans le numéro 2 de la revue  Mythologica. Le numéro en question étant consacré à Lovecraft, avec un dossier coordonné par Christophe Thill, la consigne de départ était que la nouvelle présente un lien même ténu avec son œuvre. J’ai choisi de jouer sur l’ambiance et les thématiques lovecraftiennes plus que sur des référents directs qui auraient fait pencher le texte vers le pastiche. Une voyante, un tirage de cartes, un client qui en sait plus qu’il n’y paraît – et il se passe, bien entendu, des choses indicibles.

 

Je peux également annoncer ma présence au festival Zone Franche le samedi 5 avril, où je participerai aussi au quatrième concert des Deep Ones. Celui-ci se déroulera à la médiathèque de Bagneux et nous y accueillerons un nouveau membre en la présence de Laurent Kloetzer. Entrée libre mais réservation obligatoire.

 

Je signale également au passage la parution quasi simultanée de deux de mes traductions récentes. Légion, novella loufoque de Brandon Sanderson qui m’a valu quelques fous rire en cours de traduction ; et Le Dernier hiver de Dani Lancing de P.D. Viner, polar vaguement teinté de fantastique qui n’est peut-être pas totalement exempt de quelques défauts de débutant, mais qui m’a vraiment touchée par sa manière d’aborder le thème du deuil impossible qui détruit la vie des proches d’une jeune fille assassinée.

 

 

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Vingt-quatre ans de Solitude (standing)

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Sur la tournée de l’album Twelve où elle reprenait Within you, without you, Patti Smith racontait une anecdote inimaginable à notre époque. Lorsque les Beatles avaient sorti Sergeant Pepper, il avait fallu attendre quelques semaines avant que l’album ne traverse l’Atlantique. Une radio américaine avait alors diffusé un soir l’intégralité de l’album. Une expérience que Patti Smith se rappelait avec une grande émotion, comme un de ces moments uniques où la musique crée un lien réel entre les gens.

 

J’ai repensé à cette anecdote mercredi dernier devant la scène du Divan du Monde. Peu de choses vous font ressentir aussi nettement le passage des époques que de vous trouver à deux mètres d’une artiste qui a été un personnage de votre mythologie adolescente. Il paraît presque irréel, à l’époque où la musique est à portée de clic sur Youtube ou Deezer, de se rappeler un temps où l’on guettait religieusement les passages d’une chanson à la radio pour tenter de l’enregistrer, en attendant de s’acheter l’album sur cassette avec son argent de poche. J’avais treize ans, quatorze ans, la chanson s’appelait Solitude standing et j’étais totalement fascinée par son refrain, sa mélodie envoûtante et la voix de l’interprète. J’avais découvert Suzanne Vega par hasard un jour où Book of dreams passait au Top 50 (encore un détail qui ancre le souvenir dans son époque), quelque part entre le carton de Luka et celui du remix de Tom’s diner que j’ai vécu ensuite en direct.

 

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D’innombrables écoutes de l’album Solitude standing plus tard, j’ai raccroché à l’œuvre de Suzanne Vega lorsque l’émission de Bernard Lenoir (autre repère temporel pour ma génération) m’a permis de gagner Nine objects of desire. Le deuxième concert de ma vie, avant mon arrivée à Paris, fut aussi l’un des siens, sur la scène d’un théâtre de Calais, partagé avec ma mère et ma sœur qui en gardent un souvenir aussi ému que moi. Et vingt-quatre ans après, voilà qu’elle fait aussi partie de ma vie d’adulte et des artistes que je prends plaisir à suivre de près, d’albums en concerts. Il y a bien plus que de la nostalgie dans mon rapport à sa musique : sa carrière est belle et riche, tout simplement, au-delà de la poignée de tubes qui l’ont fait connaître. Il suffit d’écouter le tout récent Tales from the Realm of the Queen of Pentacles pour s’en convaincre (album que j’ai chroniqué ici pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus).

 

Mercredi soir, ces nouveaux morceaux cohabitaient avec une poignée de chansons plus anciennes (Gypsy, In Liverpool ou Rosemary), de celles qui faisaient partie de ma vie comme de celle des autres fans qui m’entouraient. L’espace de quelques minutes, Solitude standing m’a rendu mes quatorze ans.

 

(Compte-rendu et photos du concert disponibles sur Le Cargo.)

 

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Dernières lectures avant la fin du monde

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Les lectures musicales se suivent et ne se ressemblent pas. Après le calme et les belles lumières d’une MJC de Lyon fin octobre, les Deep Ones se produisaient ce dimanche dans le cadre plus animé du Dernier Bar avant la Fin du Monde, au milieu d’un chouette décor geek friendly où un gremlin déguisé en Père Noël côtoie un sapin lovecraftien. Cadre qui ne fut pas sans poser quelques problèmes techniques, notamment au niveau du son : en l’absence d’une véritable sono, il a fallu improviser (avec le précieux concours du matelot Micky du Cargo, transformé pour l’occasion en ingé son et en Deep One d’honneur). Il semblerait que les voix n’aient pas toujours été très audibles selon l’endroit où se trouvaient les auditeurs, ce qu’il nous était difficile d’anticiper.

 

Pour le reste, les commentaires ont été plutôt enthousiastes dans l’ensemble. Parmi les interventions des autres lecteurs, j’ai particulièrement aimé « Le saut de l’ange » lu par Nathalie Dau dont la voix de conteuse née rendait le texte réellement vivant ; « Point de sauvegarde » de Lionel Davoust pour sa rythmique tendue, martiale, qui souligne parfaitement le thème guerrier du texte ; et toujours l’extrait de la nouvelle « Visionnaires » de Sire Cédric récité sur un rythme binaire inquiétant qui évoque le battement d’un cœur. Pour ma part, j’ai eu le sentiment de commencer à trouver ma voix sur l’extrait de ma nouvelle « Trois renards » qui m’avait donné un peu de mal à Lyon. Outre « Les Sœurs de la Tarasque », j’avais aussi choisi à l’occasion des fêtes de lire un extrait du « Chant de Noël » de Dickens, qui semblait se prêter au spectacle puisque c’est à la fois un (formidable) conte de Noël et une histoire de fantômes bien dans la tradition. Un grand merci à tous ceux qui sont venus nous écouter, ainsi qu’un grand bravo à mes camarades Profonds : Christophe Thill, Lionel Davoust, Nathalie Dau, Ghislain Morel, Patrick Eris, Ophélie Bruneau, Shan Millan et Sire Cédric.

 

Belle conclusion d’un week-end intense qui avait commencé à Gardanne où j’ai été accueillie chaleureusement par l’équipe de la médiathèque Nelson Mandela ainsi que par les enseignants et documentalistes du lycée et du collège dont j’ai rencontré les élèves. Les rencontres ont été touchantes et enrichissantes, et j’ai même eu la surprise de repartir avec une bouteille de vin produit par le lycée agricole où j’intervenais vendredi matin. Week-end à peine gâché par un arrêt forcé à Lyon suite à une correspondance ratée samedi soir, ce qui fut l’occasion de répéter mes lectures du lendemain en faisant apparaître renards et fantômes dans une chambre d’hôtel aux frais de la SNCF.

 

Quelques photos volées lors des balances au Dernier Bar, en remerciant Sire Cédric pour l’indicible portrait qui les accompagne.

 

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