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Vingt-quatre ans de Solitude (standing)

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Sur la tournée de l’album Twelve où elle reprenait Within you, without you, Patti Smith racontait une anecdote inimaginable à notre époque. Lorsque les Beatles avaient sorti Sergeant Pepper, il avait fallu attendre quelques semaines avant que l’album ne traverse l’Atlantique. Une radio américaine avait alors diffusé un soir l’intégralité de l’album. Une expérience que Patti Smith se rappelait avec une grande émotion, comme un de ces moments uniques où la musique crée un lien réel entre les gens.

 

J’ai repensé à cette anecdote mercredi dernier devant la scène du Divan du Monde. Peu de choses vous font ressentir aussi nettement le passage des époques que de vous trouver à deux mètres d’une artiste qui a été un personnage de votre mythologie adolescente. Il paraît presque irréel, à l’époque où la musique est à portée de clic sur Youtube ou Deezer, de se rappeler un temps où l’on guettait religieusement les passages d’une chanson à la radio pour tenter de l’enregistrer, en attendant de s’acheter l’album sur cassette avec son argent de poche. J’avais treize ans, quatorze ans, la chanson s’appelait Solitude standing et j’étais totalement fascinée par son refrain, sa mélodie envoûtante et la voix de l’interprète. J’avais découvert Suzanne Vega par hasard un jour où Book of dreams passait au Top 50 (encore un détail qui ancre le souvenir dans son époque), quelque part entre le carton de Luka et celui du remix de Tom’s diner que j’ai vécu ensuite en direct.

 

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D’innombrables écoutes de l’album Solitude standing plus tard, j’ai raccroché à l’œuvre de Suzanne Vega lorsque l’émission de Bernard Lenoir (autre repère temporel pour ma génération) m’a permis de gagner Nine objects of desire. Le deuxième concert de ma vie, avant mon arrivée à Paris, fut aussi l’un des siens, sur la scène d’un théâtre de Calais, partagé avec ma mère et ma sœur qui en gardent un souvenir aussi ému que moi. Et vingt-quatre ans après, voilà qu’elle fait aussi partie de ma vie d’adulte et des artistes que je prends plaisir à suivre de près, d’albums en concerts. Il y a bien plus que de la nostalgie dans mon rapport à sa musique : sa carrière est belle et riche, tout simplement, au-delà de la poignée de tubes qui l’ont fait connaître. Il suffit d’écouter le tout récent Tales from the Realm of the Queen of Pentacles pour s’en convaincre (album que j’ai chroniqué ici pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus).

 

Mercredi soir, ces nouveaux morceaux cohabitaient avec une poignée de chansons plus anciennes (Gypsy, In Liverpool ou Rosemary), de celles qui faisaient partie de ma vie comme de celle des autres fans qui m’entouraient. L’espace de quelques minutes, Solitude standing m’a rendu mes quatorze ans.

 

(Compte-rendu et photos du concert disponibles sur Le Cargo.)

 

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Dernières lectures avant la fin du monde

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Les lectures musicales se suivent et ne se ressemblent pas. Après le calme et les belles lumières d’une MJC de Lyon fin octobre, les Deep Ones se produisaient ce dimanche dans le cadre plus animé du Dernier Bar avant la Fin du Monde, au milieu d’un chouette décor geek friendly où un gremlin déguisé en Père Noël côtoie un sapin lovecraftien. Cadre qui ne fut pas sans poser quelques problèmes techniques, notamment au niveau du son : en l’absence d’une véritable sono, il a fallu improviser (avec le précieux concours du matelot Micky du Cargo, transformé pour l’occasion en ingé son et en Deep One d’honneur). Il semblerait que les voix n’aient pas toujours été très audibles selon l’endroit où se trouvaient les auditeurs, ce qu’il nous était difficile d’anticiper.

 

Pour le reste, les commentaires ont été plutôt enthousiastes dans l’ensemble. Parmi les interventions des autres lecteurs, j’ai particulièrement aimé « Le saut de l’ange » lu par Nathalie Dau dont la voix de conteuse née rendait le texte réellement vivant ; « Point de sauvegarde » de Lionel Davoust pour sa rythmique tendue, martiale, qui souligne parfaitement le thème guerrier du texte ; et toujours l’extrait de la nouvelle « Visionnaires » de Sire Cédric récité sur un rythme binaire inquiétant qui évoque le battement d’un cœur. Pour ma part, j’ai eu le sentiment de commencer à trouver ma voix sur l’extrait de ma nouvelle « Trois renards » qui m’avait donné un peu de mal à Lyon. Outre « Les Sœurs de la Tarasque », j’avais aussi choisi à l’occasion des fêtes de lire un extrait du « Chant de Noël » de Dickens, qui semblait se prêter au spectacle puisque c’est à la fois un (formidable) conte de Noël et une histoire de fantômes bien dans la tradition. Un grand merci à tous ceux qui sont venus nous écouter, ainsi qu’un grand bravo à mes camarades Profonds : Christophe Thill, Lionel Davoust, Nathalie Dau, Ghislain Morel, Patrick Eris, Ophélie Bruneau, Shan Millan et Sire Cédric.

 

Belle conclusion d’un week-end intense qui avait commencé à Gardanne où j’ai été accueillie chaleureusement par l’équipe de la médiathèque Nelson Mandela ainsi que par les enseignants et documentalistes du lycée et du collège dont j’ai rencontré les élèves. Les rencontres ont été touchantes et enrichissantes, et j’ai même eu la surprise de repartir avec une bouteille de vin produit par le lycée agricole où j’intervenais vendredi matin. Week-end à peine gâché par un arrêt forcé à Lyon suite à une correspondance ratée samedi soir, ce qui fut l’occasion de répéter mes lectures du lendemain en faisant apparaître renards et fantômes dans une chambre d’hôtel aux frais de la SNCF.

 

Quelques photos volées lors des balances au Dernier Bar, en remerciant Sire Cédric pour l’indicible portrait qui les accompagne.

 

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Deux derniers pour la route

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Les fêtes approchent et la fin de mes deux mois sans traduction se profile tout doucement – j’ai bouclé ma quatrième nouvelle de l’année, encore sans titre, la semaine dernière. Reste encore le temps d’un dernier déplacement : je serai en fin de semaine à Gardanne, où je rencontrerai des classes et participerai également à une rencontre/dédicace publique à la médiathèque Nelson Mandela ce samedi à 14h30. Plus d’infos à ce sujet sur le site de la ville de Gardanne.

Le lendemain, retour à Paris pour le troisième concert de lectures musicales des Deep Ones – notre tout premier dans la capitale. Il se déroulera au Dernier Bar avant la Fin du Monde à partir de 14h. Seront présents pour ce concert : Sire Cédric, Nathalie Dau, Ophélie Bruneau, Patrick Eris, Lionel Davoust, Ghislain Morel, Christophe Thill, Shan Millan et moi-même. On me chuchote qu’il pourrait être judicieux de ne pas arriver trop tard, le cadre étant chaleureux (et geek friendly à souhait) mais pas immense. Les auteurs/lecteurs/musiciens resteront sur place après le concert pour une rencontre/dédicace informelle autour d’un verre ou plusieurs, et nos célèbres T-shirts qui brillent dans le noir seront en vente pour l’occasion.

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Des sons en images, épisode suivant

Un jour peut-être, je vous raconterai l’histoire du mois sans traduction qui ne prit pas tout à fait la tournure escomptée et enchaîna sur un deuxième. Le jonglage de casquettes a rarement été aussi compliqué que cette année, pour des raisons que je ne m’explique pas bien ; il devient délicat d’empêcher mes différentes activités d’empiéter les unes sur les autres.

 

Cela étant dit : même pas mal.

 

En guise d’intermède, notre désormais traditionnelle rubrique « Des sons en images », ou le résumé des aventures photographico-musicales de ces dernières semaines.

 

Avec par ordre d’apparition : la musique indescriptiblement barrée mais passionnante d’Arlt (photos live), les envoûtantes musiques de film de John Parish (photos live), le coup d’essai magistral de la débutante Nadine Shah (interview, photos, session), la poésie onirique de Maissiat (photos live), le folk-rock mélancolique de Lauren Hoffman (session), et le rock brut et hypnotique de Robi (photos live).

 

J’en profite également pour vous signaler que l’épatant projet Playing Carver, réunissant sept musiciens talentueux (John Parish, Marta Collica, Gaspard LaNuit et les quatre membres d’Atlas Crocodile) et dont j’ai déjà parlé ici ou là, a grand besoin de votre aide pour rassembler dans les temps, c’est-à-dire d’ici la fin de cette semaine, la somme nécessaire à sortir un album qui s’annonce passionnant. A votre bon coeur…

 

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Un rêve d’adolescence

Il y a des choses, dans une vie, qu’on a rangées à jamais dans la catégorie des infaisables et des improbables. Parmi celles-ci, voir de ses yeux certains artistes, auteurs, musiciens ou autres, que leur niveau de notoriété rend parfaitement inaccessibles. Je m’étais résignée depuis longtemps à l’idée de ne jamais voir en chair et en os un certain écrivain du Maine que je lis depuis l’âge de seize ans, qui a marqué en profondeur mon imaginaire et dont les livres continuent à me parler et à m’émouvoir vingt ans plus tard.

 

Sauf que.

 

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Stephen King en France pour une semaine, avec des passages radio et télé qui se multiplient mais de rares apparitions publiques. Une soirée au Grand Rex ce samedi, et une dédicace mercredi dernier à laquelle j’ai renoncé non sans regret : en milieu de matinée, on m’apprenait que des centaines de personnes campaient déjà devant le MK2 Bibliothèque. L’année même où je découvrais Dead Zone sur le tard, où je passais une semi-nuit blanche à pleurer à chaudes larmes sur le dénouement de La Tour sombre, sans me douter qu’il serait bientôt en France pour la toute première fois. J’ai beau avoir démythifié les vedettes et les écrivains en particulier depuis des années, le savoir à Paris et avoir raté l’occasion de lui faire signer l’un de ces livres qui ont tellement compté me faisait beaucoup plus d’effet que je n’aurais pu m’y attendre.

 

Et puis un concours de circonstances heureux : une invitation à parler de l’œuvre de King et du thème de la peur dans le cadre de la Matinale du Mouv’. Soit quelques heures à peine avant l’interview qu’il devait accorder à la même radio en présence d’une poignée de lecteurs chanceux. On m’avait prévenu qu’il serait très difficile d’y assister. Et puis, à la dernière minute…

 

Une heure dans un petit studio, à écouter parler un type à lunettes vêtu d’un T-shirt rouge vif, qui s’animait au son des chansons qu’il reconnaissait. Une heure à me dire, sans arriver vraiment à y croire : alors c’est lui ? L’été de mes seize ans passé avec Grippe-Sou le clown et le Club des Ratés, la confession de Dolores Claiborne, « Les Enfants du maïs », le bal tragique de Carrie, les larmes versées sur 22/11/63 et le choc de Misery, ce grand roman sur l’écriture, c’était lui ? Ce type bavard et affable en train de nous raconter qu’un policier l’a laissé filer après un excès de vitesse parce qu’il lui expliquait s’être emballé en écoutant Judas Priest ?

 

Et puis quelques secondes irréelles : un créneau dédicace tout à la fin, juste avant qu’on ne nous fasse quitter le studio. Je me suis à peine rendu compte. Je me souviens d’avoir bredouillé deux phrases en lui tendant mon exemplaire de Misery apporté au cas où. Puis c’était terminé. Je me rappelle bien davantage l’interview que la dédicace elle-même. Il m’était déjà arrivé de me dire, alors même que les dédicaces m’intéressent moins en soi que la rencontre autour, qu’il n’existait qu’un écrivain dont la seule signature sur un livre me ferait quasiment l’effet d’un talisman. Elle orne désormais un roman qui m’a tellement marquée, une lecture de vacances commencée il y a sept ans dans un avion pour Houston, terminée en Louisiane la semaine suivante, et qui ne m’a jamais lâchée depuis. Et j’ai encore du mal à y croire.

 

L’émission à laquelle je participais autour de la peur est en écoute sur le site de la Matinale du Mouv’. Je conseille également l’entretien qui lui est consacré dans La Grande Librairie : il est déjà assez rare que la télé française parle de lui sans tourner en boucle autour des clichés habituels du « Maître de l’horreur ». Alors une interview menée par quelqu’un qui connaît et apprécie réellement son œuvre (et qui présente notamment Dolores Claiborne comme le chef-d’œuvre qu’il est), c’est à marquer d’une pierre blanche.

 

Merci infiniment à l’équipe du Mouv’ grâce à qui j’ai passé, à tous points de vue, une journée vraiment mémorable.

 

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