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Breakfast in the Tardis

 

Millennium, suite et fin : verdict toujours mitigé. (Je rappelle que je ne parle ici que du premier livre, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes alias The Girl with the dragon tattoo puisque je l’ai lu en anglais, à la fois à cause de la mauvaise réputation de la traduction française et parce que je voulais le lire en format poche.) Drôle de roman dont l’intrigue policière commence quasiment comme du Agatha Christie – le mystère d’une disparition élucidé quarante ans plus tard, et dont tous les suspects sont les membres d’une même famille – et se termine du fond de piratage informatique à grande échelle. Une ambiance un peu désuète enrobée d’un habillage qui se veut moderne et n’y arrive pas toujours. Cela dit, c’est extrêmement prenant. Ce qui ne rend qu’encore plus agaçants les défauts du roman. Le principal, comme je le disais dans l’entrée précédente, tient aux personnages. On a le plus grand mal à s’intéresser au journaliste Mikael Blomkvist, que je vois ’ai vu quasiment comme un cas d’école de personnage raté : on comprend ce que l’auteur cherche à en faire, mais ça ne prend pas. Ce n’est pas tout de le décrire comme un héros surdoué, intelligent, idéaliste et qui tombe toutes les femmes, encore faudrait-il que l’auteur nous fasse ressentir tout ça. Or, Blomkvist est totalement inexistant, ce qui pose quand même un peu problème. On a du mal à comprendre pourquoi c’est lui, plutôt que n’importe qui d’autre, qui réussit à percer la carapace de la quasi-autiste Lisbeth Salander – même si, pour le coup, leur interaction fonctionne plutôt bien.

 

Mais le plus grand mystère de Millennium, pour moi, c’est la façon dont Stieg Larsson réussit à donner vie au personnage de Salander. Elle est le seul personnage qu’il ait réussi à doter d’une vraie personnalité et à rendre attachante et crédible – ce qui m’intrigue d’autant plus qu’on a le sentiment, contrairement à la plupart des autres personnages, qu’elle lui est totalement étrangère. Il la décrit comme une bête exotique fascinante, mais qu’il ne comprend pas vraiment – alors qu’il réussit à rendre parfaitement crédible son mode de fonctionnement et son décalage essentiel avec le monde qui l’entoure. Un détail, pour moi, illustre plus que tout ce paradoxe : l’insistance à décrire ses tatouages comme une preuve absolue de bizarrerie, un symbole de sa marginalité. Jamais la moindre remarque d’ordre esthétique concernant ces tatouages, jamais d’indices quant à leur histoire (et Dieu sait que l’histoire d’un tatouage est essentielle, je parle en connaissance de cause). Quand il est question de ses tatouages et piercings, ils sont systématiquement mis sur le même plan que ses bizarreries de comportement et tout ce qui la dit « autre ». Pour un roman publié en 2005, à une époque où les tatouages se sont quand même largement répandus, c’est quand même étonnamment vieux jeu.

 

Je me suis suffisamment laissée prendre à l’intrigue pour dévorer le roman en quatre jours (avec l’aide de quelques nuits d’insomnie), mais je ne suis pas sûre d’avoir très envie de lire la suite. Pas dans l’immédiat en tout cas.

 

Ma grande découverte de la semaine passée sera plutôt la saison 1 du nouveau Doctor Who. Enfin, pas vraiment une découverte puisque je suis intriguée par cette série depuis des années. Au départ, plutôt par la série originale des années 60 à 80, dont j’avais appris l’existence à travers mon boulot de traductrice – c’est le genre de phénomène culturel auquel on trouve régulièrement des références dans les films ou livres britanniques. Notamment dans la biographie de Douglas Adams que j’avais traduite il y a quelques années (il en avait scénarisé quelques épisodes). Cela dit, la série d’origine ne m’a jamais tentée – surtout que j’ai le souvenir d’un vieux film vraiment pas terrible mettant en scène le Docteur et les Daleks. La nouvelle série, en revanche… Disons que je suis entourée de fans de plus en plus nombreux et de plus en plus convaincants, et que j’allais forcément tomber dedans à un moment donné.

 

Sept épisodes plus tard, je me sens devenir progressivement accro. Tout est fait pour : générique addictif, personnages attachants et barrés comme il faut, scénarios encore assez classiques mais très inventifs dans les détails, et une manière ludique de faire de Londres un terrain de jeu – mannequins qui prennent vie dans un grand magasin de la ville, émetteur extraterrestre planqué dans la grande roue du London Eye, et j’en passe. Sans parler d’un goût de l’absurde qui rappelle d’autres séries britanniques classiques comme Chapeau melon et bottes de cuir. J’ai cru comprendre que la nouvelle série mettait un moment à trouver son rythme et que les scénaristes s’y lâchaient progressivement. Pour l’instant, c’est déjà jubilatoire. J’aime assez l’idée de faire incarner un même personnage par différents acteurs au fil du temps. Christopher Eccleston est loufoque à souhait et j’ai hâte de voir de quelle manière David Tennant lui succède dans la saison suivante. C’est toujours amusant en tout cas de se plonger dans une série dont on connaissait déjà la mythologie de base – l’histoire du Docteur, le Tardis, les Daleks – et de trouver le résultat à la hauteur de ce qu’on espérait.

 

D’ailleurs, devinez quoi, j’y retourne.

 

 

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Hackers et jedis

 

Où l’on profite d’un bref passage à Rennes pour s’en aller visiter le Mont Saint-Michel histoire d’aller y photographier le mélange local d’architecture jedi, lovecraftienne et steampunk. Les plus observateurs reconnaîtront dans un second rôle Lionel Davoust, auteur de La Volonté du Dragon et de L’Importance de ton regard (par ailleurs très fréquentable le reste du temps).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Où l’on profite aussi de quelques journées « off », à défaut de vraies vacances, pour se plonger dans une lecture d’été, le premier volet de Millennium en l’occurrence. Arrivée à la moitié, je ne sais toujours pas que penser de ce roman qui ne semble jamais vraiment savoir dans quelle direction partir. L’intrigue policière sur fond de secrets de famille, malgré un côté franchement désuet, est assez prenante une fois passé le démarrage poussif – la faute à un héros remarquablement inexistant, qui tient plus du concept que du personnage et dont on se contrefout royalement, quoi qui puisse lui arriver. Dans l’univers somme toute assez morne et normatif que met en scène Stieg Larsson, on est d’autant plus ébahi par l’arrivée d’un personnage qui casse littéralement la baraque : Lisbeth Salander, hackeuse de génie sérieusement perturbée, qui acquiert une vraie présence dès sa toute première apparition. Le seul personnage marginal dans cet univers grisâtre, le seul aussi qui soit vraiment réussi et qui permette un tant soit peu d’identification (de la même manière qu’un Dexter, dans un autre registre). On a presque l’impression que Larsson l’a créée par accident, tant les autres personnages sont lisses et fades. Curieuse de voir où tout ça va mener. Le succès de ce bouquin relativement classique, qui ne surprend réellement que quand il met Salander en scène, m’intrigue pas mal – mais il faut reconnaître que passé les cent premières pages, il devient difficile à lâcher.

 

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Just Kids

 

J’ai toujours été fascinée par les biographies de musiciens, et plus encore par leurs autobiographies. Il y a toujours quelque chose d’émouvant à retrouver une voix familière et à la laisser nous raconter son histoire à sa façon, sans la neutralité et l’exhaustivité des biographes officiels. Ce qui fait la force de Just Kids de Patti Smith, c’est aussi l’angle adopté. Il ne s’agit pas tant d’un récit de sa vie que d’un portrait, celui du photographe Robert Mapplethorpe et du lien particulier qui les a unis pendant vingt ans.

 

Ce qui frappe ici, c’est le refus de livrer une autobiographie classique. Les souvenirs d’enfance ne sont livrés qu’en prologue, peut-être essentiellement pour poser le contexte qui la conduit à tout quitter pour s’installer à New York à la fin de l’adolescence. L’ascension au succès n’est évoquée que par ellipses, avec une humilité surprenante : quelques pages sont consacrées à l’enregistrement du mythique Horses, et le succès de Because the night n’est mentionné qu’en passant. Si elle s’attarde, dans la dernière partie, sur la genèse de Dream of life, c’est surtout pour évoquer les retrouvailles avec un Robert Mapplethorpe en train de mourir du Sida, alors qu’elle-même est enceinte de sa fille Jesse.

 

Ce que raconte Patti Smith dans ce livre, c’est l’histoire d’un couple et d’une amitié qui se prolonge bien au-delà de la rupture, celle de deux jeunes gens qu’on voit évoluer en tant que personnes et artistes, et qui croient en l’art comme en une religion. Il y a une forme d’arrogance dans cette manière de s’autoproclamer artistes comme on décide d’un mode de vie, de faire passer l’intention avant le geste accompli – on n’est pas artiste parce qu’on crée, mais parce qu’on le décide et parce qu’on l’affiche. Mais il y a en même temps une incroyable naïveté dans la démarche qui les rend attachants. Ça n’a rien d’étonnant quand on connaît un peu l’œuvre et le personnage de Patti Smith. Mais voir une femme devenue une icône du rock évoquer sa fascination quasi enfantine pour Rimbaud ou les acteurs français, ou raconter son pèlerinage sur la tombe de Jim Morrison peu après sa mort, a quelque chose de touchant. (Cette fascination pour Rimbaud aura au moins donné Easter, une de ses plus belles chansons, qui a la force et la pureté d’un chant religieux.) J’ignorais d’ailleurs qu’elle était arrivée dans le rock un peu par accident, en cherchant simplement à donner vie à ses poèmes lors de lectures qui ont pris des allures de concert.

 

 

En même temps que l’histoire de ces deux jeunes gens qui cherchent leur place à New York et dans le monde de l’art, Just Kids brosse le portrait d’une époque. On croise Jimi Hendrix ou Janis Joplin peu avant leur mort, on assiste à la désillusion de la fin des années 60, à l’arrivée des années 70 qui seront, selon Robert et Patti, « leur décennie à eux » comme la promesse d’un âge nouveau. On passe des hôtels les plus sordides de la ville au bouillonnement créatif du Chelsea Hotel dont Patti Smith décrit la faune bigarrée. C’est l’époque d’Andy Warhol et de la Factory, dont les protagonistes traversent le livre en arrière-plan. On voit Robert Mapplethorpe lutter contre ses démons, découvrir puis assumer son homosexualité alors qu’ils sont encore en couple, en faire un élément central de son art puis de ses photos. On devine en filigrane, dans la toute dernière partie, le spectre du Sida qui finira par l’emporter. Et tout au long du livre, on est frappé par ce lien qui les unit envers et contre tout – « Personne ne voit le monde comme nous », répète Robert à Patti aux débuts de leur couple.

 

L’histoire est touchante, la voix qui la raconte est belle et posée, comme toujours, avec ce mélange déroutant de sagesse et de naïveté qu’on connaît si bien par sa musique. L’iconographie est rare et bien choisie, ponctuant le récit d’instantanés d’une époque révolue. Et ce que Patti Smith laisse transparaître d’elle-même entre les lignes est beau et touchant, rappelant qu’elle est de ces artistes qui ont le don de vous réconcilier avec la vie, avec le monde, parfois avec vous-même. Just Kids est un livre précieux qu’on quitte avec regret.

 

   

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Un soir d’été au Batofar

 

 

C’est toujours un immense plaisir de revoir sur scène John Parish et son groupe. J’étais particulièrement curieuse d’assister au concert d’hier au Batofar, qu’on annonçait surtout axé sur ses musiques de films – pas l’aspect le plus connu de son travail, mais sans doute un des plus intéressants. La BO de Rosie, film belge de Patrice Toye passé inaperçu chez nous en 1999, est de toute beauté. Si j’avais revu John l’an dernier aux côtés de PJ Harvey, la dernière tournée avec son groupe devait remonter à trois ou quatre ans. Au casting habituel – Marta Collica au clavier, Giorgia Poli à la basse, Jean-Marc Butty à la batterie – s’ajoutait le guitariste Jeremy Hogg, que je me rappelais avoir vu lors de la tournée Is this desire de PJ Harvey dont je garde un souvenir particulièrement ému.

 

 

 

L’intérêt de suivre un groupe sur la longueur, c’est celui de le voir évoluer, tester de nouvelles choses, trouver une formule ou bien s’en éloigner. Ce qui m’a frappée hier soir, ainsi que d’autres fans, c’est la dynamique particulière qu’insuffle le choix de la setlist, et l’énergie qui en résulte ou non. J’ai vu des concerts de John Parish un poil trop sages malgré la qualité des morceaux ; celui d’hier était tout simplement parfait. Équilibre idéal entre des morceaux inconnus qui savent immédiatement happer le spectateur (comme ce Spring ritual tiré d’un autre film de Patrice Toye, (N)iemand, inédit en France) et les classiques qui produisent toujours leur effet (Pretty Baby tiré de Rosie, joliment interprété par Marta Collica). Entre ceux qu’on connaît bien pour les avoir souvent entendus sur scène (Westward Airways ou mon préféré Sea defences) et ceux qu’on est tout ému d’entendre pour la première fois « en vrai ». Le grand moment de la soirée, pour moi, ce fut l’instrumental final de Rosie. Tout commence très doucement par une reprise du thème fragile et poignant qui parcourt la BO – j’avoue que ça m’a presque filé les larmes aux yeux – et puis le morceau s’emballe sur fond de guitares saturées, l’ensemble monte en puissance, le sol du Batofar se met à vibrer, et le moment est absolument parfait. J’ai toujours eu une tendresse particulière pour ce morceau sur disque ; le groupe a réussi à en rendre l’esprit tout en le revisitant différemment. Chapeau bas.

 

 

 

Cerise sur le gâteau, l’ambiance était particulièrement chaleureuse – et pas seulement à cause de la température un poil trop estivale (qui en poussa d’aucuns, dont je fus, à se réfugier sous un ventilateur près de la scène). Le public était très réactif, le dialogue avec le groupe s’est installé très vite, les amis parisiens de John et du groupe étaient venus en nombre (parmi lesquels Jesse Vernon et Kate Stables de Morningstar et This is the kit, qui firent une arrivée remarquée avec leur bonne humeur habituelle). S’y ajoutait le plaisir de retrouver les copains de concert, ceux qui suivent les mêmes groupes et avec qui on tisse un lien particulier à force de les côtoyer depuis dix ans dans les mêmes salles. En fin de soirée, tout ce beau monde s’attardait sur les quais en attendant le départ, discutant avec les musiciens autour de bières ou de mojitos. C’est toujours un plaisir trop rare de parler avec John Parish, Jean-Marc Butty ou Marta Collica, que j’apprécie autant en tant que personnes qu’en tant que musiciens. C’était un de ces moments simples et parfaits où tout est à sa place dans le monde, et où on est heureux d’être là, de suivre ces gens-là, d’avoir vu ce concert-là et partagé cette soirée avec eux.

 

(Et pour finir sur une anecdote totalement inutile : saviez-vous qu’au Batofar, quand vous entrez sur invitation, vous tamponne un Hello Kitty sur le bras ? On va dire que c’est très rock’n’roll.)

 

 

 

 

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Où l’on officialise les projets en cours

 

 

Il semblerait que le moment soit venu d’officialiser deux projets auxquels je faisais allusion ici récemment. Le projet d’écriture collectif, pour commencer – apparemment officiel puisque Claire Couturier de Mnémos en parle dans cette interview. Il s’agit du deuxième livre de la collection Ourobores de Mnémos, consacré aux lieux imaginaires. Le premier était un guide illustré de la ville d’Abyme créée par Mathieu Gaborit ; l’ouvrage auquel je participe est cette fois consacré à Kadath, la cité onirique de Lovecraft. Le livre met en scène quatre personnages – « incarnés » par Raphaël Granier de Cassagnac, David Camus, Laurent Poujois et moi-même – et sera illustré par Nicolas Fructus. Sortie prévue en fin d’année. C’est ma première vraie expérience d’écriture à plusieurs, forcément différente de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, et elle est aussi instructive que motivante.

 

L’autre projet, que je prépare depuis un peu plus longtemps, est une traduction qui me tient particulièrement à cœur. L’association Dystopia (qui vient d’éditer son premier livre, Bara Yogoï de Léo Henry et Jacques Mucchielli) m’a proposé de composer un recueil d’un auteur anglophone de mon choix dont je traduirais et présenterais les textes. J’ai suggéré Lisa Tuttle, un de mes auteurs préférés, qui n’avait pas été publiée en France depuis un bon moment et avec qui j’étais en contact depuis quelques années. Le recueil se composera de six nouvelles inédites. Moi qui n’avais jamais joué les anthologistes, j’ai adoré m’occuper de la sélection des textes. Ceux qui ont été retenus se sont imposés comme une évidence. À présent, la traduction est en cours. La photo ci-dessus a été prise aujourd’hui même, lors d’un passage parisien de Lisa et de sa famille, qui a été l’occasion de lui présenter Dystopia et de parler un peu plus en détail du projet. J’ai vraiment hâte que ce recueil voie le jour.

 

 

 

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