Dans la série des expériences qu’on espère ne jamais avoir à faire mais dont on se remet finalement assez vite, je viens d’en tester une nouvelle cet après-midi même : rentrer chez moi pour trouver tout mon appart sens dessus dessous. Pas de casse, aucun dégât, mais le contenu des tiroirs et des boîtes renversé sur le sol, sur le canapé, partout. Peu d’objets volés, mais devinez le premier dont j’ai constaté la disparition ? Mon appareil photo, évidemment. Enfin les deux, mais c’est surtout pour le G9 que ça m’a contrariée. Savoir que la carte mémoire contenait encore des photos personnelles (aussi bien des photos de concerts que des photos d’amis) n’aide pas. L’autre objet dont la disparition m’a contrariée, c’est une médaille en or que je tenais de ma grand-mère maternelle. Comme il s’agit d’un objet qui a une valeur sentimentale pour d’autres personnes que moi-même, je ne peux pas m’empêcher de culpabiliser en me disant qu’on m’a confié quelque chose de précieux et que je n’ai pas été capable de le garder. Si quelqu’un avait voulu me voler pile les deux objets dont la disparition m’emmerderait le plus, il ne s’y serait pas pris autrement. Enfin si : il aurait volé mon portable tout neuf. Par chance, je l’avais avec moi puisque j’étais sortie travailler au café. Autre objet disparu, une paire de boucles d’oreilles que j’avais reçue l’an dernier pour mon anniversaire (note aux personnes concernées : par contre, ils ont laissé la broche de l’anniversaire suivant).
Ça aurait pu être nettement pire. Concernant les objets disparus, je suis étonnée de constater la résignation qui s’installe passé le gros coup de flip initial – et pourtant, j’adorais mon G9, ça fait partie des objets pour lesquels on développe un attachement irrationnel. Un appareil photo, c’est vraiment un objet personnel. Quelque part, j’ai encore du mal à croire que quelqu’un est vraiment entré ici en mon absence. La première réaction en ouvrant la porte, c’est l’incrédulité : la porte était verrouillée, mais l’appart est en désordre. Ensuite j’ai dû hésiter une bonne minute avant d’oser entrer. Il faut un moment pour intégrer vraiment l’équation « appart retourné = cambriolage », mais ensuite, la première pensée, c’est la trouille qu’il y ait encore quelqu’un à l’intérieur. Même ce soir, j’avoue que j’ai l’impression de ne pas être seule dans mon studio.
Finalement, une fois passés la visite de la police, le coup de fil à l’assurance, les conversations avec les parents/les amis/les voisins, on commence à tenir l’incident à distance. Ça devient plus factuel : quelqu’un est entré entre telle heure et telle heure, il est passé par là, il a touché à ça, il a volé ça, ça et ça. Le plus pénible, c’est peut-être le temps passé ensuite à ranger le bordel qu’il a laissé – et à jeter plein de trucs inutiles comme on le fait avant un déménagement, l’ironie de la situation ne m’a pas échappé. J’ai retrouvé des tas de choses, des bouts de papiers, des gadgets, dont j’avais oublié l’existence. Dans ces conditions, on ne peut pas s’empêcher de regarder ses propres affaires, et les souvenirs qui vont avec, avec les yeux d’un intrus. En ouvrant tel tiroir, en touchant tel objet, qu’a vu la personne qui est entrée ici ? Je ne crois pas que ça m’empêchera de dormir cette nuit, mais tout ça soulève des questions dérangeantes. En plus de me conforter dans mes envies de déménagement. Je savais que j’avais de bonnes raisons de ne plus vouloir habiter au rez-de-chaussée.
Ce blog restera donc sans images pendant une durée indéterminée, vu que je suis à présent 100% dépourvue d’appareil photo. Et accessoirement, je ne remercie pas mon cambrioleur anonyme de m’avoir fait perdre plusieurs heures de travail un jour où j’étais bien lancée malgré un démarrage tardif. Pile en ce moment, je n’avais pas besoin de ça.
Ou décider, après avoir bien avancé le boulot de la journée, de réessayer une recette de biscuits de Noël déjà testée l’an dernier, avec quelques variantes – j’ai laissé tomber la fleur d’oranger, pas très pratique à manipuler vu qu’elle modifiait la consistance de la pâte, pour tenter une version citron/gingembre, en plus des versions cannelle et quatre épices déjà testées l’an dernier. L’avantage des recettes saisonnières, c’est qu’en un an, on a le temps d’oublier pourquoi on les avait laissées tomber depuis. En l’occurrence, passer plus d’une demi-heure à pétrir de la pâte qui s’émiette à répétition ou qui vous colle aux doigts, c’est sportif. En même temps, on peut vraiment dire que c’est du fait main. Il ne manque plus qu’une tasse de thé de Noël avec les petits gâteaux pour me sentir tout infusée de l’esprit des fêtes (en espérant que l’esprit en question aura la bonne idée de ne pas me rendre visite en trois exemplaires passé/présent/futur façon Dickens, mais ceci est une autre histoire).




La minute narcissique du jour : c’est la deuxième fois que je me retrouve à faire de la figuration, aussi furtive soit-elle, dans une session Cargo et ça me fait bien marrer. La première fois, c’étaient deux secondes dans une des vidéos de la session This Is The Kit (
Au cours de la session, Howe Gelb invite une de ses choristes de cette tournée, la canadienne Lucie Idlout, pour lui demander de l’accompagner sur un des titres, puis propose carrément qu’elle nous joue une de ses chansons. Au lieu de trois titres comme prévu, Renaud en a donc filmé quatre. J’ai toujours eu de Gelb l’image d’un type imprévisible dont les albums comme les concerts peuvent être aussi intenses que brouillons, mais aussi celle d’un passeur de talents. Giant Sand n’existe pas réellement en tant que groupe, c’est plutôt une formation à géométrie variable qui s’articule autour de Howe Gelb et de sa musique. C’est justement ce que je retiens de cette session autant que du concert : sa manière de mettre en avant les membres de son groupe, qui assuraient également la première partie avec leur propre répertoire. La rencontre avec Lucie Idlout a été un joli moment. J’ai beaucoup aimé sa voix, l’énergie qu’elle insuffle à des chansons folk autrement assez classiques, et aussi son côté espiègle pendant le concert – elle a passé cinq bonnes minutes, pendant l’un des rappels, à filmer ou photographier le public avec un appareil numérique. En descendant du bus, je lui ai soutiré deux photos posées, un peu timidement, ce que je n’avais pas osé faire avec Howe Gelb – lequel avait de toute façon disparu dans la nature pendant que Renaud filmait Lucie.
La session ne donne pas forcément une idée précise de ce que peut être la musique de Giant Sand, qui est de toute manière assez difficile à cerner d’après ce que j’en connais. J’accroche une fois sur deux, mais quand les albums sont aussi bons que le sublime Chore of enchantment (tendance mélancolique) ou que Is all over the map (tendance plus éclectique et énergique), on touche au grandiose. Plus le temps passe, plus j’écoute Giant Sand et mieux je comprends comment quelqu’un comme John Parish peut éprouver une telle admiration pour Howe Gelb. Je garde de cette session le souvenir d’un moment un peu plus froid que ce que j’ai pu vivre lors de sessions précédentes – avec Jesse Sykes notamment, que j’ai eu l’impression de redécouvrir ce jour où on l’a filmée au Père-Lachaise (la vidéo sera bientôt en ligne). Mais je suis vraiment ravie d’avoir partagé ce moment-là avec Renaud et Cathy.
Alors voilà, j’ai 32 ans. J’ai déjà entendu dire par des gens plus âgés que moi que la décennie 30-40 était celles qu’ils avaient préférée. Je ne peux pas en dire autant pour l’instant. C’est vrai qu’on se sent plus serein passé la trentaine, on se connaît mieux et on sait mieux vers quoi on se dirige. En contrepartie, on n’a plus forcément cette énergie de la vingtaine qui poussait à aller de l’avant, on commence à se demander ce qu’on est en train de faire de sa vie, et les problèmes non résolus prennent de plus en plus de place. Moi qui ai une tendance naturelle assez forte à l’introspection et aux questions existentielles (ne me dites pas que ça ne se voit pas dans ce que j’écris), je dois dire que la trentaine n’a pas aidé. C’était peut-être l’effet « anniversaire imminent » mais certains vieux problèmes ont refait surface ces dernières semaines, encore plus fort que d’habitude. J’avais l’impression d’étouffer et de me retrouver isolée sans pouvoir en parler, même quand j’étais bien entourée. Et puis j’ai fait le ménage dans ma tête lors de la semaine qui vient de s’écouler. J’ai commencé à en parler et à aller vers les gens, et par effet boule de neige, j’ai l’impression d’avoir reçu énormément de bonnes ondes en retour. Il y a eu des moments précieux au cours de cette semaine, des échanges, des gestes, des conversations avec des amis, qui m’ont donné l’impression de pouvoir à nouveau avancer. Du coup, j’ai abordé les 32 ans plus sereinement et je me sens beaucoup plus légère que je ne l’étais lundi dernier.
Sinon, parmi les bons souvenirs de la semaine écoulée… Je m’apprêtais à poster un lien vers une session Cargo à laquelle j’ai assisté jeudi et dont la mise en ligne est imminente, mais ça fera l’objet d’une prochaine entrée. Il s’agit cette fois de Howe Gelb, le big boss de Giant Sand dont j’ai déjà parlé
Et samedi, autre événement à ne pas manquer, la dédicace de Francis Berthelot chez Scylla (8 rue Riesener, métro Montgallet) à l’occasion de la sortie de son roman Le petit cabaret des morts. Le roman s’inscrit dans une série baptisée le « Rêve du démiurge » mais chaque roman peut être lu indépendamment des précédents, même s’ils se répondent pas un certain nombre d’éléments récurrents. Pour ceux qui ne le connaissent pas, en plus d’être quelqu’un d’adorable qui devient carrément lyrique quand il parle de catch ou de séries télé (c’est lui qui m’a convertie à Buffy il y a quelques années), Francis est aussi un sacré écrivain. Il écrit des choses belles et poétiques, souvent extrêmement poignantes. J’ai été très marquée par Rivage des intouchables, qui met en scène l’apparition d’une épidémie sur une planète où cohabitent deux espèces séparées par un tabou, et derrière laquelle on ne peut que deviner le spectre du Sida. Et aussi par Nuit de colère, et par Le jongleur interrompu dont la fin m’a tellement prise à la gorge que j’ai failli ne pas pouvoir le terminer. Il aborde des sujets graves mais ses textes ne sont jamais pesants pour autant, et son écriture est vraiment magnifique.