Blog - page 26

Venezia (1) : Suspiria by night

http://i42.tinypic.com/fo39sn.jpg

 

Pour Noël, ma sœur avait eu la bonne idée de m’offrir Portugal, la très belle BD de Pedrosa, en sachant que le propos me parlerait. La BD évoque avec une grande justesse le rapport compliqué qu’on peut entretenir avec un pays dont un de nos parents est originaire, mais où l’on n’est pas né soi-même. Elle se termine lorsque le héros entreprend de retourner au Portugal pour la première fois de sa vie d’adulte et d’y découvrir le pays sous un jour nouveau et entièrement personnel.


Quand j’ai lu Portugal, j’étais déjà en train de planifier ce qui serait mon premier séjour en Italie depuis près de vingt ans. L’idée de visiter Venise en particulier me trottait dans la tête depuis longtemps. Parce que l’idée d’une ville construite sur l’eau me fascine, parce que j’ai un peu écrit dessus sans la connaître, et parce que c’était pour moi une ville neutre : je n’y connais personne, je ne l’ai visitée qu’une fois et je n’en gardais qu’un très vague souvenir. Conditions parfaites pour refaire connaissance avec l’Italie et me la réapproprier.

 

Je partais forcément un peu à la recherche de l’Italie de mes souvenirs d’enfance. Et comme il se doit, j’y ai trouvé tout autre chose. Même si les réminiscences me tombaient parfois dessus sans prévenir : devant des marques dont j’avais oublié l’existence, une vitrine de camées aux environs du Rialto, les avis nécrologiques affichés aux murs dans les rues, ou encore au moment de commander ma première glace en italien depuis vingt ans (amarena et fiordilatte).

 

 

http://i39.tinypic.com/34dq73a.jpg

 

 

Ce que j’ai trouvé à la place ? Une ville fascinante et attachante que je n’attendais pas aussi protéiforme. Selon les moments et les quartiers, Venise offre des dizaines d’ambiances différentes. Le premier jour, j’ai détesté traverser le pont du Rialto au milieu de la foule ; trois jours plus tard, j’y passais un moment tranquille et agréable aux abords du marché. Quand on se lasse de la foule des coins les plus touristiques, il suffit de s’éloigner de quelques ruelles pour se retrouver dans un labyrinthe de murs étroits reliés par des cordes à linge. On m’avait conseillé de me perdre dans les ruelles ; je n’avais pas compris que lorsqu’on s’y perd, c’est littéralement. En bonne Parisienne habituée à naviguer à l’intuition pour retomber très vite sur une artère passante ou une station de métro, je ne compte plus les moments passés à errer d’une impasse à l’autre en cherchant désespérément à rejoindre les canaux et les arrêts de vaporetto. D’où une coïncidence cocasse qui m’aura fait tomber par hasard sur une librairie française tenue par un ancien Nancéen au cœur du quartier de Castello, alors que je cherchais un moyen de regagner mon hôtel. J’en suis repartie avec un tarot de Corto Maltese et l’impression d’un moment un peu irréel.

 

En cinq jours, s’il y a une chose dont je suis ravie, c’est d’avoir évité la traditionnelle visite de la place Saint-Marc au milieu de la foule. Au lieu de quoi, sur un coup de tête, je m’y suis aventurée le premier soir. Parce que le premier vaporetto dans lequel je suis montée s’y arrêtait, et parce que je voulais voir le Pont des Soupirs mis en scène dans ma nouvelle « La Cité travestie ». Entre le nom italien du pont (Ponte dei Sospiri), l’ambiance nocturne et le souvenir d’une scène du film, je me suis retrouvée à fredonner en boucle le thème de Suspiria, avec une impression d’extase qui frôlait l’hilarité franche. Un de ces moments qu’on vit parfois quand on voyage seul et qu’on a bien du mal à expliquer ensuite. Mais je me suis rarement autant amusée en voyage que ce soir-là, sur la place Saint-Marc quasi déserte, redevenue imposante après la tombée de la nuit. On a beau savoir qu’on n’est pas le premier touriste à avoir eu cette judicieuse idée, difficile de chasser l’impression de nouer avec les lieux un lien secret et  personnel. C’était ma place Saint-Marc ce soir-là, et mon Pont des Soupirs. Lequel n’a pas trop semblé m’en vouloir pour les crimes commis par le personnage de ma nouvelle.


 

http://i41.tinypic.com/2wdqe6e.jpg

 

http://i41.tinypic.com/348j3tj.jpg

 

http://i42.tinypic.com/10wurfl.jpg

 

 

 

 

Post navigation


Kadath s’anime

Avant de déserter ces lieux pour cause d’escapade vénitienne, je vous livre un aperçu de l’adaptation numérique de Kadath actuellement en cours de développement, et dont nous avons pu voir la démonstration sur tablette il y a quelques jours. Le projet est développé par le studio Walrus en collaboration avec Mnémos. Inutile de vous dire à quel point nous étions emballés de voir « notre » Kadath s’animer sous nos yeux.

 

 

 

Post navigation


Petites musiques de nuit

 

 

 

Expérience tentée récemment pour se ménager des plages d’écriture lors d’une semaine un peu chaotique : s’immerger dans une bande-son passée en boucle, non pas une sélection de chansons comme je le fais souvent, mais toute la B.O. d’un jeu vidéo. Et pas n’importe laquelle : la musique du mythique Silent Hill 2 composée par Akira Yamaoka, avec ses mélodies lancinantes au piano, ses ambiances à couper au couteau et son atmosphère onirique qui m’a, pour la première fois, rappelé celle de la bande-son de Twin Peaks. Deux villes de fiction où l’étrangeté fait loi. La nouvelle en question comportant quelques clins d’œil à Silent Hill, la bande-son s’y prêtait d’autant mieux. Parfaite pour s’immerger dans une ambiance fantastique, souvent hypnotique, souvent angoissante aussi.

 

 

http://i42.tinypic.com/mt5jl5.jpg

 

http://i44.tinypic.com/2z5lmow.jpg

 

 

Autre bulle de sérénité au coeur du relatif chaos de la même semaine : Institut suédois, conférence de presse de l’excellent festival « Les Femmes s’en mêlent », Shara Worden alias My Brightest Diamond en showcase, petite fée malicieuse à la voix de diva et au talent ébouriffant. Croiser Shara lors du cocktail qui suit, essayer de lui dire sans trop bredouiller que sa chanson Be Brave a énormément compté, puis retourner timidement lui demander quelques photos posées avant de partir. Pas qu’elle soit impressionnante, Shara – c’est l’une des rares personnes que je puisse regarder en face sans devoir lever les yeux, et ceux qui connaissent mon gabarit comprendront ce que je veux dire. Mais enfin ce talent, cette voix, cette musique, ça intimide un peu.

 

My Brightest Diamond sera en concert le 28 mars à l’Alhambra, et ce sera parfaitement immanquable. A titre d’amuse-gueule, j’ai posté quelques photos sur le Cargo (showcase et portraits).

 

 

Post navigation


Souvenirs de Perdide

Jour de grande tristesse pour les fans de BD, de SF, et tous ceux qui auront comme moi découvert L’Incal ou Le Garage hermétique à l’adolescence, ou passé leur enfance à regarder en boucle le superbe dessin animé de René Laloux, Les Maîtres du temps (sans bien en comprendre la fin et son paradoxe temporel, ce qui ne rendait l’ensemble que plus fascinant). Moebius est décédé aujourd’hui à l’âge de 73 ans. Il y a des artistes d’une telle envergure qu’on a du mal à se rappeler qu’eux aussi sont mortels.

 

 

 

Post navigation


Reines, dragons et présidents

http://i40.tinypic.com/242ylir.jpg

 

J’attendais l’annonce officielle pour en parler ici : ma prochaine nouvelle, intitulée « Les Sœurs de la Tarasque », figurera au sommaire de l’anthologie officielle des Imaginales à paraître chez Mnémos. Le thème de l’anthologie est cette année Reines et dragons. Elle est dirigée par Lionel Davoust et Sylvie Miller, et mon texte y côtoiera ceux de Chantal Robillard, Thomas Geha, Adrien Tomas, Anne Fakhouri, Justine Niogret, Pierre Bordage, Charlotte Bousquet, Vincent Gessler, Erik Wietzel, Mathieu Gaborit et Nathalie Dau. Une présentation plus complète est disponible sur le site des Imaginales.

 

Je suis très attachée à ce texte qui m’a obligée à sortir de ma zone de confort en délaissant le fantastique pour la fantasy urbaine. Ce n’est pas la première fois qu’un de mes textes flirte avec le genre, mais je l’ai abordé cette fois de manière plus frontale. Dès que Lionel et Sylvie m’en ont parlé, j’ai eu envie de relever le défi, et je me suis beaucoup amusée en cours de route.

 

 

http://i42.tinypic.com/kbzple.jpg

 

Quelques mots en passant sur une lecture marquante, bien qu’il m’ait fallu attendre les cent dernières pages pour décider dans quelle mesure j’adhérais au projet. Non pas que le 11/22/63 de Stephen King soit bancal ou ennuyeux. Mais on se demande tout du long quel est le véritable thème du roman, et si King réussira à relier tous les fils de manière convaincante. Non seulement il le fait bel et bien, mais la conclusion est magistrale. Il y a des longueurs, comme souvent chez lui, et il faut accepter de ne pas trop savoir où il nous mène. 11/22/63 n’est pas réellement l’histoire d’un homme qui retourne dans le passé pour tenter d’empêcher l’assassinat de Kennedy. Pas seulement, en tout cas, même si c’est l’un des fils conducteurs du roman. C’est avant tout l’histoire d’un homme qui apprend à vivre dans une époque qui n’est pas la sienne. C’est aussi une variation astucieuse sur le thème du voyage dans le temps, qui développe l’idée selon laquelle le passé refuse activement de se laisser modifier.

 

Surtout, c’est un roman profondément humain, comme souvent chez Stephen King. Un roman dont la dernière scène vous serre la gorge par son intensité et sa charge émotionnelle : une idée très simple, très belle, et pleine d’échos. Parfaitement logique par rapport aux thèmes développés, et totalement inattendue à la fois. J’ai été frappée également, comme dans les romans récents, par une manière très particulière de parler de douleur physique, qui fait forcément penser à l’accident dont King a lui-même été victime il y a une dizaine d’années. Certains passages sont très clairement écrits par quelqu’un qui sait ce que c’est de souffrir physiquement d’une manière qui laisse des séquelles durables. Le sentiment de violence faite au corps et à la dignité de l’individu est quasiment palpable.

 

Je n’irai peut-être pas jusqu’à dire comme beaucoup que 11/22/63 est le meilleur de ses romans récents. Mais il gagne dans ses cent dernières pages une dimension tragique qui m’a rappelé Misery et sa conclusion d’une tristesse infinie, jusqu’à la fulgurance de la toute dernière scène. Le voyage de Jake Epping dans le passé de l’Amérique est une belle aventure. Je ne peux qu’être admirative devant un roman dont la phrase la plus marquante, la plus emblématique et la plus riche de sens, tient en ces trois mots tout simples : « Dancing is life. » Et Stephen King est grand.

Post navigation

1 24 25 26 27 28 65