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Captain Who ?

 

La geek en moi, passionnée de jeux vidéo depuis toujours mais pas forcément très au fait de leur évolution, aura quand même attendu ses 34 ans pour avoir sa première console, après avoir vaguement taquiné Guitar Hero ou Soulcalibur chez des amis et beaucoup joué à Alex Kidd et Populous sur la Sega de son cousin pendant les vacances, mais ça nous ramène beaucoup plus loin. Le but avoué : découvrir un peu ce qui se fait en matière de jeux actuellement, notamment au niveau mise en scène, scénario, réalisation et toute cette sorte de choses. Et lorsqu’elle récupère enfin la PS3 tant convoitée et les jeux qui vont avec, que fait-elle donc ?

 

Elle joue à la poupée.

 

   

 

 

En réalité, c’est aussi parce que je suis en bouclage de traduction (un million et demi de signes à relire) et que je préfère attendre d’avoir un moment plus au calme pour découvrir Heavy Rain, Final Fantasy XIII et Arkham Asylum qui attendent sur la pile. Mais il faut reconnaître que Little Big Planet est attachant comme tout et qu’il s’annonce assez addictif. Moins dans sa version solo (un jeu de plateforme classique mais mignon tout plein, où l’on incarne un « sackboy » kawaï à souhait qu’on personnalise au fur et à mesure) que dans le contenu mis en ligne par d’autres joueurs grâce à l’éditeur de niveaux intégrés. Je n’en ai testé qu’un, vite fait, entre deux pages de relecture, et j’ai été scotchée par la poésie et l’inventivité qui s’en dégageaient. Dès lors, ma geek interne n’aspire plus qu’à une chose : dégager un moment pour s’immerger là-dedans et retomber en adolescence (enfin la partie sympa de l’adolescence).

 

Entre la question du temps et celle du prix des jeux, je ne compte pas m’en offrir des centaines, mais si des joueurs de PS3 passent dans le coin et ont des titres à me conseiller, j’en prendrai bonne note. Sachant que ma collection actuelle comprend les quatre titres ci-dessus plus Assassin’s Creed: Brotherhood.

 

Je ne sais pas si ça signifie que je commence à vieillir et à tiquer devant le moindre progrès, mais j’ai été un peu agacée de découvrir que les consoles actuelles se raccordaient au Net (je débarque, mais je n’avais pas eu à me pencher sur la question jusqu’à récemment). Pour jouer en ligne, j’ai déjà World of Warcraft ; pour moi, tout l’intérêt du jeu sur console, c’est d’y jouer seul dans son coin. Ou avec des amis dans la même pièce, mais bref, pas forcément de m’y faire des contacts qui seront au courant dès que je me connecte cinq minutes pendant la pause café, comme ça a l’air d’être au moins le cas pour Little Big Planet. Ce n’est qu’un détail, mais ça fait partie de ces petits trucs qui confortent quasiment chaque jour mon impression d’un monde qui va de plus en plus vite, où on est sollicités de tous côtés et où il est de plus en plus difficile de grappiller des moments de calme. Ou alors c’est juste une question d’âge et de perception, allez savoir. Mais je commence à le ressentir autant comme une agression que comme une avancée.

 

Des moments de calme, justement, c’est ma grande résolution pour 2011. Ça n’a l’air de rien mais ce n’est pas toujours facile à obtenir, surtout dans les métiers où la limite bureau/maison n’existe pas. J’ai plus envie de passer mon temps à bouquiner tranquille ou à tester de nouvelles recettes de cuisine qu’à courir partout. J’aimerais bien arriver aussi à développer ces personnages intrigants qui me tournent dans la tête depuis quelque temps, et je sens que j’ai besoin d’y réfléchir au calme. En 2011, déjà, il y aura des vacances en mars : cinq jours à Londres auxquels je commence déjà à rêvasser. J’espère pouvoir prolonger les vacances au-delà de ces cinq jours. C’est que j’ai une PS3 à tester, moi.

 

Un souhait, aussi, pour 2011 : que les tuiles arrêtent enfin de pleuvoir sur mon entourage proche ou moins proche. 2010 aura été une de ces années étranges où les choses se débloquent enfin pour vous pendant que les gens, tout autour, encaissent les coups durs. Il serait temps que ça s’arrête.

 

2011, côté boulot, ce sera la sortie du recueil de Lisa Tuttle sur lequel j’ai travaillé toute l’année en parallèle d’autres traductions. Six nouvelles, une préface et une interview. Je viens de rendre les derniers fichiers et je commence à peine à me rendre compte que le projet deviendra un objet livre dans quelques mois. J’étais tellement concentrée sur la traduction et la date de remise que j’en oubliais que l’aventure de ce livre commence à peine. Et pour démarrer l’année, il y aura la réédition chez Folio SF de Notre-Dame-aux-Ecailles dont je viens de récupérer les premiers exemplaires. La couverture, une fois de plus, est de toute beauté.

 

 

 

Je ne pouvais pas terminer une entrée en période de fêtes sans mentionner l’épisode de Noël de Doctor Who récemment diffusé : là où la série, en général, a tendance à rater les épisodes spéciaux, celui-ci était magnifique. Enfin, rater, peut-être pas : l’épisode du Titanic, par exemple, était excellent, mais l’ambiance de Noël n’y était pas vraiment. Curieux que ce soit Steven Moffat, le plus barré des scénaristes, qui soit le premier à réussir un véritable épisode de Noël. Le mariage entre les aspects les plus classiques (miracles de Noël et hommage à Dickens) et la griffe particulière de Moffat (images improbables et allers-retours incessants dans le temps) est vraiment savoureux. Et Matt Smith y incarne à merveille l’esprit de Noël (passé, présent, etc, vous connaissez l’histoire). C’est vrai qu’en 2011, il y aura aussi une nouvelle saison à se mettre sous la dent.

 

Il ne me reste qu’à vous souhaiter un joyeux réveillon, et plein de bonnes choses pour 2011. Je terminerai l’année sur un hommage musical à Don Van Vliet alias Captain Beefheart qui nous a quittés récemment et que j’avais, comme pas mal de gens de ma génération, découvert à travers PJ Harvey qui le revendique comme une influence. D’ailleurs, cette première phrase (« I was born in the desert »), vous ne l’avez pas entendue quelque part sur un de ses albums ?

 

 

 

 

 

 

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Neige et algues

 

 

 

Paris sous la neige : photos prises de ma fenêtre par un temps à ne pas mettre un traducteur dehors. Je n’ai jamais autant apprécié l’hiver que dans cet appartement. Il y gagne une douceur que je ne lui connaissais pas, ou pas à ce degré en tout cas. C’est un temps à rester calmement chez soi avec un chat et une tasse de café pour finir les traductions en cours (qui approchent toutes les deux de la dernière ligne droite), à tester des recettes de cuisine, à feuilleter l’Ultimate Monster Guide de Dr Who trouvé par hasard en faisant mes courses de Noël, à rêver à mes vacances londoniennes de mars, ou à regarder des séries télé. Dexter, par exemple, dont je viens de boucler la saison 3 qui a effacé le souvenir mitigé que m’avait laissé la précédente. Malgré un début qui laisse craindre le pire – Dexter contraint d’affronter la paternité – on retrouve vite ce qui faisait la force de la première saison : une finesse vraiment remarquable dans la description des rapports humains, au-delà du simple portrait d’un psychopathe cherchant à fonctionner malgré tout en société. Dexter y découvre l’amitié, le mensonge et la part d’ombre des autres, et s’aperçoit que les gens ordinaires lui ressemblent beaucoup plus qu’il ne le croyait. Les personnages secondaires y gagnent en épaisseur et Dexter lui-même redevient l’un des personnages les plus touchants que j’aie vus depuis longtemps dans une série.

 

Et pendant ce temps, du côté d’Azeroth post-Cataclysm… Carte postale des fonds marins de Vashj’ir que j’explore depuis mardi à dos d’hippocampe. J’avais oublié le plaisir qu’apporte la sortie de chaque extension de World of Warcraft : celui de retrouver un territoire encore vierge pour quelque temps, où tout n’est pas encore balisé, répertorié, cartographié, connu par coeur. En quatre ans, je me suis rarement lassée du jeu, mais ce plaisir particulier dure toujours trop peu de temps. La zone de Vashj’ir, en tout cas, est de toute beauté, et on sent de manière générale un effort de plus en plus marqué de travailler la mise en scène des quêtes, notamment à travers des cinématiques impressionnantes. Je conseille à tous les joueurs de créer un personnage de worgen rien que pour assister à la mise en scène de la première transformation du personnage humain en homme-loup – d’autant que l’ambiance crépusculaire de Gilnéas est particulièrement réussie.

 

Dans un monde moins virtuel, je serai présente ce samedi 11 aux rencontres de l’imaginaire de Sèvres en compagnie de toute l’équipe de Kadath : Raphaël Granier de Cassagnac, David Camus, Laurent Poujois et l’illustrateur Nicolas Fructus dont les oeuvres seront exposées. Ce n’est pas la dernière dédicace autour de Kadath (une autre est prévue début janvier en région parisienne), mais c’est une des seules où nous serons au complet.

 

 

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Geeks united

 

Je n’aime pas plus vieillir que n’importe qui d’autre, mais j’ai toujours adoré les anniversaires, d’autant que le mien a la bonne idée de tomber au début de la période des fêtes. L’avantage quand on est entouré d’un certain nombre de geeks, c’est qu’on peut s’attendre pour l’occasion à recevoir des cadeaux improbables. En la matière, on est rarement déçu. La palme de la geek attitude revient cette année aux deux trouvailles suivantes :

 

Ce splendide sticker mural en provenance directe de R’lyeh, Texas, qui orne désormais le mur au-dessus de mon ordinateur (je n’ai pas assez de recul pour prendre une photo d’ensemble) :

  

 

Et en provenance de Londres, cette magnifique brosse à dents :

 

 

Si, je vous assure, ce Dalek est une brosse à dents. Je n’ai pas encore osé le sortir de sa boîte, des fois qu’il lui prenne l’envie de courir après mon chat en criant « Exterminate !« . Du coup, je ne sais toujours pas s’il sert le thé comme les Daleks de l’armée britannique dans la saison 5 de Doctor Who. (Spéciale dédicace à Agathe si elle passe dans le coin.)

 

On a beau ne pas être croyant, difficile de ne pas penser à la symbolique christique quand on atteint 33 ans. J’y ai régulièrement pensé au cours de l’année écoulée. Et tant qu’à faire, plutôt que la crucifixion, j’avais choisi l’option résurrection. C’est un peu l’impression que cette année m’a faite, comme si je m’étais réveillée au début de l’été d’une hibernation qui avait duré trop longtemps. Pourvu que ça dure tout au long de mes 34 ans. Déjà, il y aura une différence avec l’année précédente, de généreux mécènes ayant conspiré pour m’offrir cette denrée rare qui fait rêver les travailleurs indépendants : des vacances. Reste à décider quoi/quand/comment, mais ce sera pour 2011 sans faute. Ça m’avait manqué cette année.

 

(Note : Cette entrée de blog vous est offerte une semaine avant la sortie de Cataclysm, la nouvelle extension de World of Warcraft, des fois que l’auteur de ces lignes se retrouve enfermée quelque part en Azeroth dans les semaines à venir.)

 

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Science, Fiction et Photoshop

 

Ami geek, si tu appartiens à la même tranche d’âge que moi et que tu t’es construit une culture littéraire et cinématographique à grands renforts de SF dans les années 80/90, l’expo « Science et Fiction » de la Cité des Sciences est pour toi. L’occasion de retomber en adolescence devant les costumes de Retour vers le futur, le scaphandre porté par Ed Harris dans Abyss, un Alien grandeur nature, des maquettes de 2001 ou Star Wars – et les fans de Battlestar Galactica (que je connais très mal) seront aux anges. Je dirais bien que ça manque un peu de Dr Who (qui y aurait été tout à fait à sa place) et de Numéro 5 pour la partie robots,  mais ce serait juste pour pinailler. L’expo permet de constater à quel point on a grandi avec cette culture-là, à quel point la SF nous imprègne depuis l’enfance.

 

J’ai été peut-être encore plus marquée par la présentation des manuscrits prêtés par la BNF. Celui de La Planète des singes où l’on voit Pierre Boulle avoir cette soudaine illumination et noter en marge : « Un singe ? Oui. » Celui de L’Eve future de Villiers de L’Isle-Adam. Et ceux que j’ai curieusement trouvés les plus émouvants à voir, ceux d’auteurs actuels que je connais un peu – Pierre Bordage, Joëlle Wintrebert, Laurent Genefort, et ce qui transparaît d’eux au travers des pages, des notes et des ratures. L’expo se tient jusqu’en juillet et je vous la recommande chaudement.

 

D’autres photos des Utopiales pour conclure. En triant cette série, j’ai été frappée de constater à quel point la part de traitement Photoshop est de plus en plus importante sur mes photos. C’est flagrant pour celles des Utopiales où il fallait composer avec un éclairage pas franchement flatteur. Je m’étonne avec le recul que mes préférées de la série soient des photos flinguées par l’éclairage orange fluo du bar des Utopiales et qu’il a suffi de passer en noir et blanc pour qu’il s’y passe tout autre chose. Je n’arrive pas à décider si c’est une partie normale du processus ou s’il y a une part de tricherie là-dedans. Vous me direz, c’est le résultat qui compte.

 

Alain Damasio, hilare

 

Anne Guéro (Ange)

 

 

Laurent Poujois et sa chemise dédicacée

 

China Miéville et son éditrice Bénédicte Lombardo

 

Et la file de lecteurs de Carina Rozenfeld 

 

 

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Retour d’Utopiales, édition 2010

Les Utopiales de Nantes, c’est chaque année un peu pareil et chaque année différent. J’attendais l’édition 2010 avec autant d’impatience que de nervosité : je savais que j’allais y rencontrer Brandon Sanderson qui était invité pour la première fois en France. Les fois précédentes où j’avais rencontré des auteurs que je traduis, c’étaient des gens que je connaissais déjà auparavant, comme Graham Joyce, et l’enjeu n’était pas le même pour moi. Ce n’est pas tout à fait la même appréhension que lorsqu’on rencontre un auteur dont on admire les livres. Traduire Sanderson, ce n’est pas l’affaire de quelques semaines : j’aurai passé en tout un peu plus d’un an et demi immergée dans la trilogie Fils-des-brumes. Ça crée un lien très fort avec les écrits d’un auteur (quand on ne le prend pas irrémédiablement en grippe, mais c’est tout le contraire ici). D’où l’appréhension inévitable d’être déçu.

 

J’ai trouvé Brandon à la hauteur de ses livres : adorable et très intéressant à écouter, avec en prime une solide culture geek et l’humour qui va avec. J’ai pu assister à quelques interviews où il m’a impressionnée par son assurance et son professionnalisme, sa façon toujours claire et simple de répondre, son absence de prétention – il faut l’entendre expliquer sans ciller qu’Elantris et Fils-des-brumes ne sont pas son premier et deuxième romans, mais son sixième et quatorzième. En interview, j’ai été frappée par le parallèle avec ses livres, qui ont eux aussi ce côté très pro et carré – de solides romans de fantasy épique soigneusement construits – et plein de choses passionnantes à dire sur le pouvoir, la religion, la guerre, la révolution ou encore la façon de mener les hommes. J’ai appris à cette occasion qu’il y aurait d’autres livres situés dans l’univers de Fils-des-brumes : un court roman qui devrait paraître d’ici un an ou deux, puis deux autres trilogies situées à différentes époques. Je me méfie généralement des auteurs qui prolongent leurs séries, parfois sans réelle nécessité ; pourtant, je lui fais entièrement confiance pour ne pas se répéter. Accessoirement, des discussions avec d’autres personnes ayant lu la série m’ont confirmé que je ne suis pas la seule à m’être emballée pour ses livres, à en juger par l’étincelle dans leur regard quand ils évoquent tel passage du livre, telle révélation, telle mésaventure d’un personnage. Le plus dur étant de ne pas leur révéler par accident le final de la trilogie, que j’étais pour le coup la seule à connaître.

 

Mes souvenirs d’Utopiales, cette année comme les autres, ce sont des moments grappillés au détour du bar ou de la librairie. Un repas à la table des auteurs étrangers très en verve ; une séance photo improvisée avec Lionel Davoust et son parapluie-katana ; le plaisir de voir un Vincent Gessler euphorique et un peu incrédule recevoir le prix Verlanger ; une fin de soirée tranquille entre traducteurs dans le bar de Mme Spock quasi désert, suivi d’une bonne heure de fous rires dans le hall du Novotel tout proche ; le plaisir de discuter avec des gens pas revus depuis longtemps comme Christophe Duchet, Sylvie Denis, Nathalie Mège ou Michel Pagel. Et puis un agréable moment passé derrière les tables de dédicaces où j’accompagnais Brandon pour lui servir d’interprète et où je me suis retrouvée à signer Kadath, puis à discuter avec l’impressionnant China Miéville dont le charisme n’a d’égale que la gentillesse.

 

Et l’on se retrouve dimanche soir à Paris, un peu ramolli, avec la légère frustration d’avoir raté quelques personnes à peine croisées sur place, de n’avoir pas pris le temps de regarder les expositions (celle consacrée aux pochettes d’album SF avait l’air alléchante), et l’on trie ses photos avec un chat sur les genoux pour prolonger l’ambiance.

 

Brandon Sanderson en VF et en VO (featuring mon exemplaire de travail du Puits de l’Ascension que je lui apportais à signer)

 

 

Laurent Queyssi, David Quéffelec et Sébastien Cevey présentent la revue électronique Angle Mort

 

Laurent Poujois en guide touristique de Kadath

 

Claude Mamier

 

 

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