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Des séries Z et des mariachis


On me signale une exposition qui pourrait intéresser les Nancéens et dont le vernissage a lieu ce vendredi 3 octobre à 18h30. Ceux qui sont allés aux Imaginales d’Epinal en mai dernier se rappelleront sans doute l’exposition de Dylan Pelot, qui présentait des affiches et photos tirées de son projet de fausse encyclopédie des films Z. L’année précédente, toujours pendant les Imaginales, Dylan avait embrigadé pas mal d’auteurs, éditeurs ou illustrateurs pour les grimer en personnages de séries Z et les photographier dans le Lavoir théâtre où il avait entreposé tout un tas de costumes et d’accessoires. J’ai posé en Viking avec le casque, la hache et la perruque rousse pour Night of the viking dead. Parmi les autres films notoires au sommaire de l’encyclopédie : L’île du docteur Morteau (avec Pierre Pelot déguisé en bouseux brandissant un fusil), La machine à voyager dans le thon (avec Pierre Bordage en capitaine de vaisseau), Les dents de Mémère, Les canons de la patronne et autres La revanche des moines trappistes de Shaolin-sur-Moselle. Vous imaginez le résultat. L’expo se tiendra donc du 3 au 24 octobre à la MJC Bazin de Nancy. Si j’étais dans le coin, j’irais y faire un tour sans hésiter, histoire de piquer les mêmes fous rires que devant les photos exposées à Epinal.


Et comme je parlais de Giant Sand récemment, j’ai eu envie de poster cette fois des vidéos de Calexico. Pour ceux qui se demandent quel est le lien, Joey Burns et John Convertino ont été un temps la section rythmique du groupe de Howe Gelb. Je les ai d’ailleurs vus une fois sur scène à un concert de Giant Sand, où ils m’avaient bluffée en s’alignant sans aucun problème sur les improvisations d’un Howe Gelb en roue libre. J’appréhende un peu le concert du 14 octobre à la Cigale, en même que je suis impatiente de revoir sur scène ce groupe que je suis depuis dix ans et de contempler le jeu de batterie d’un John Convertino à la gestuelle fascinante, qui donne l’impression de ne jamais faire deux fois les mêmes mouvements – cet homme a la classe absolue. Quand je dis que j’appréhende, c’est seulement que je suis restée sur une impression mitigée lors de leur dernier passage au Bataclan. C’était la première fois que je les voyais rompre l’équilibre magique sur lequel a toujours reposé la magie de leurs concerts, et qu’illustrent les deux vidéos suivantes.


Côté pile, les sonorités « tex mex » sublimées par les cuivres qu’ils ont imposé sur le splendide album The black light (dont est tiré cet extrait, Minas de cobre) :


 


Côté face, une musique en demi-teinte, plus lente, quasi hypnotique par moments – comme sur Fade, le titre le plus jazzy de leur répertoire et sans doute un de leurs plus beaux morceaux :


 


Au Bataclan, pour la première fois, j’avais eu l’impression de les voir privilégier le côté hispanisant au détriment du reste, moins par envie que parce que le public le leur réclamait. Dans la mesure où cette tournée accompagnait l’album Garden ruin où ils renonçaient enfin à ces sonorités qui commençaient à virer à la formule, ça m’avait déçue de leur part. Comme s’ils tentaient quelque chose de courageux sur disque pour faire ensuite marche arrière sur scène. Ce n’est sans doute pas un hasard si les deux morceaux qui m’avaient vraiment prise aux tripes appartenaient à leur veine plus mélancolique : Sonic wind et All systems red.

 

C’est vrai que The black light était un album formidable, qui a tourné en boucle chez moi pendant tout l’été 2008. C’est vrai aussi que cette réussite a été à double tranchant, en imposant un son très particulier dont le groupe peine depuis à se détacher. C’est en tout cas une impression personnelle que tout le monde ne partage pas. Mais je trouve qu’à l’exception du répertoire de The black light, la plupart de leurs tentatives pour intégrer ces sonorités hispanisantes sonnent faux, même si ça donne des chansons efficaces. Sur les albums suivants, je préfère nettement le Calexico rêveur et doux-amer de Fade, Black heart (la merveille des merveilles), Sonic wind, Woven birds ou encore du sublime All systems red au crescendo intense. J’ai l’impression que c’est en creusant cette veine-là que Calexico a désormais le plus à nous offrir.

 

À la Cigale, j’aimerais retrouver l’euphorie de ce concert de septembre 2000 au Trabendo qui reste un des plus jubilatoires que j’aie jamais vécus. Celui où on les avait vus pour la première fois, totalement sidérés, amener sur scène leurs potes les mariachis Luz de Luna. Il fallait oser, mais ça avait marché, et on s’était laissés gagner par la bonne humeur contagieuse de ces mariachis en sombrero. C’était la première fois aussi que j’avais connu la transe irrésistible que fait naître The crystal frontier jouée en fin de concert. C’était physique et jouissif au possible. J’étais entrée dans la salle pas très en forme, j’en étais sortie sur un nuage avec un sourire jusqu’aux oreilles. J’espère vraiment retrouver ça.

 

En attendant, c’est la semaine prochaine qu’a lieu le festival Fargo All Stars à la programmation alléchante (disponible ici). J’assisterai aux deux soirées qui se déroulent à la Cigale. Lundi : Jesse Sykes & The Sweet Hereafter, Joseph Arthur, Olle Nyman. Mardi : Clare & The Reasons, Chris Garneau, My Brightest Diamond. Je suis ravie de revoir Jesse Sykes dont la voix me fascine toujours autant, bien que je la sache assez inégale sur scène. Et aussi de découvrir Joseph Arthur – je l’ai vu en 2000 au Festival des Inrocks mais ça ne compte pas vraiment, vu que je m’étais fait évacuer de la fosse après être tombée dans les pommes pendant le set de Sigur Ros, donc j’avais regardé la suite de loin. Et surtout, je suis toute impatiente de revoir Shara Worden, le petit lutin facétieux de My Brightest Diamond. Une vidéo, juste pour le plaisir :

 

 

J’aime particulièrement le speech de présentation, on avait eu droit au même lors de son fabuleux concert d’avril dernier au Point FMR. Elle y avait mimé de la même façon la théière en forme de boxeur (cette chanson reprend le texte d’un passage de L’enfant et les sortilèges de Ravel, d’où ces paroles bizarres en franglais).

 

Oui, j’espère pouvoir prendre des photos de tout ça, pourquoi cette question ?

 

 

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Expions en musique

Puisqu’il paraît que je dois expier pour mon entrée d’hier, je vous offre quatre minutes de Giand Sand, juste parce que je suis en train d’écouter leur nouvel album qui a l’air très chouette (et qui contient une très belle reprise du Desperate kingdom of love de PJ Harvey que j’avais déjà entendue en live l’an dernier). La chanson ci-dessous est tirée du sublimissime album Chore of enchantment sorti en 2000 et les plus observateurs reconnaîtront Joey Burns (l’homme aux éternelles chemises à carreaux) et John Convertino (le batteur le plus gracieux que j’aie jamais vu sur scène) de Calexico qui font de la figuration. J’ai mis longtemps à accrocher à Giant Sand, mais j’adore décidément la voix de Howe Gelb.

Et pendant que j’y suis, je rappelle que je participerai ce week-end avec plein de petits camarades au salon qui se tiendra à Liévin, tous les détails sont ici.

Maintenant que j’ai fini d’expier, je retourne bosser.

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Coming out musical, vingt ans plus tard

 

Dans une entrée précédente, alors que je galérais pour terminer une traduction de Kelley Armstrong dans les temps, j’avais parlé du phénomène des recherches qui dérivent sur autre chose. On passe sa journée à chercher sur une liste de termes sur Google et on se retrouve en train de consulter des pages qui n’ont strictement rien à voir. En juillet, je m’étais repenchée sur les films de Christine Pascal. Aujourd’hui, alors que je planchais sur la traduction du nouveau Graham Joyce, entre deux recherches sur William Blake et sur la guerre du Golfe, je me suis retrouvée en train de regarder des vidéos d’Abba sur YouTube. Et ça me pose un sérieux problème.

 

C’est qu’il y a toute une histoire derrière. Je n’arrive pas à décider si je voue à ce groupe une haine féroce ou si j’y garde un fond d’attachement malgré tout. Lointain, le fond d’attachement. Il faut dire que ça remonte à plus de vingt ans, bien avant que le groupe redevienne à la mode avec entre autres la sortie au ciné de Muriel et de Priscilla, folle du désert (et ça, c’était déjà il y a plus de dix ans, dans une autre vie). Reprenons les épisodes précédents. Je n’ai jamais été la personne la plus épanouie qui soit (j’en vois qui ricanent, au fond), mais l’année de mes dix ans est certainement celle où j’ai été le plus mal dans ma peau, pour des raisons que je comprends et d’autres qui m’échappent. Mes parents avaient à l’époque une poignée de 33 tours d’Abba qui sont devenus la bande-son de cette période un peu particulière. J’étais déjà monomaniaque en matière de musique : pendant un an ou plus, je n’ai écouté que ça. C’est lié à des souvenirs pas très agréables, notamment l’entrée au collège où j’ai eu beaucoup de mal à m’intégrer, mais aussi à ma découverte de la langue anglaise. Un jour où ma mère vient me chercher après les cours, j’entends cette cassette dans la voiture et je suis toute fière de lui dire que je viens de reconnaître des mots d’anglais. Je crois que c’est là que j’ai compris à quel point j’allais adorer apprendre cette langue : ce n’était pas seulement une matière qu’on apprenait à l’école, ça permettait aussi et surtout de comprendre des chansons (et plus tard les dialogues des films en VO, et encore plus tard de lire des auteurs anglophones dans le texte).

 

Le truc dont je n’avais pas conscience à l’époque, c’était la naïveté, voire la débilité, des paroles en question, que je passais des heures à décrypter avec ma connaissance rudimentaire de l’anglais. Quelques années plus tard, j’allais recevoir un autre grand choc musical en découvrant l’album Jordan : the comeback de Prefab Sprout, groupe dont j’ai été très fan vers 14/15 ans et que j’écoute toujours avec beaucoup de plaisir. J’ai toujours adoré lire les interviews dans lesquelles Paddy MacAloon explique le pourquoi du comment des textes de ses chansons, c’est souvent assez rigolo (« Un jour, je me suis levé en me disant qu’il fallait écrire une chanson sur l’an 2000 pendant qu’il en était encore temps… »). Il présentait sa chanson The ice maiden comme une sorte d’hommage à Abba dont les paroles étaient écrites dans un anglais volontairement boiteux, comme si elles étaient rédigées par des non-anglophones. De fait, je n’ai plus jamais entendu une chanson d’Abba sans y repenser, et je suis morte de rire à chaque fois. Évidemment, à dix ans, je ne pouvais pas me rendre compte que ça sonnait faux.

 

Cela dit, si les paroles me font rire, la musique, c’est une autre affaire. Quand j’écoute ça du haut de mes 31 ans, les arrangements me font grincer des dents, et je ne parle même pas du visuel. Globalement, j’ai envie de trouver tout ça grotesque quoique assez efficace et de tout balayer en bloc, sauf que ça remue des souvenirs. Limite si ça ne me fait pas venir les larmes aux yeux (il y a quelques années, ma soeur a passé un best-of du groupe en voiture et j’ai vraiment failli me mettre à pleurer). Pour la plupart des gens, Abba, c’est un truc disco vaguement kitsch sur lequel danser en faisant des bonds partout. Je trouve d’ailleurs intéressant que les chansons qui sont redevenues des tubes récemment (Dancing Queen et compagnie) soient des morceaux que je ne connaissais absolument pas à l’époque et dont je me contrefous royalement, même si je leur reconnais une certaine efficacité. Mais le souvenir que je garde de mes écoutes à l’époque, c’est plutôt celui d’un groupe dont la musique me touchait et me parlait vraiment, d’autant que j’étais vraiment paumée et assez solitaire. Et, détail intéressant dont j’ai pris conscience tout à l’heure : c’était aussi un groupe dont la musique me racontait des histoires, mes histoires à moi. Je crois que la toute première fois que j’ai commencé à me faire des films en écoutant de la musique, c’était avec Abba. Le début du processus qui allait me conduire à l’écriture des années plus tard : finalement, quand des idées de nouvelles me viennent en musique, c’est exactement la même chose.

 

Ce qui m’a frappée, c’est qu’en réécoutant certains morceaux, je revois très bien quel genre de trip je me faisais à l’époque, je retrouve les images, les émotions, le contexte, la totale. Je peux vous dire par exemple que ça coïncidait avec la diffusion de la série V à la télé, qui faisait pas mal travailler mon imagination (moins la série elle-même que les résumés que je lisais dans le programme télé). Le rapport entre V et Abba ? Strictement aucun pour le commun des mortels, mais les deux restent associés dans mon esprit et ça me fait marrer d’y voir un lien qui n’existe pas vraiment. Comme quand j’associe le I am the walrus des Beatles à la lecture de Lovecraft (si si, je vous jure qu’on y entend les Grands Anciens vers la fin).

 

Jusque ici, chaque fois que j’ai tenté de réécouter une chanson d’Abba pour voir quel effet ça me faisait après tout ce temps, j’ai grincé des dents en entendant les arrangements ringards et les paroles débiles et j’ai laissé tomber avant la fin. Globalement, tout ça a quand même atrocement mal vieilli. Mais je suis tombée tout à l’heure sur plusieurs morceaux que je me suis surprise à trouver pas si mal. J’irais jusqu’à dire qu’il y en a un ou deux qui m’ont touchée. Dans les chansons plus calmes et plus dépouillées où les voix féminines sont mises en avant, on se rend compte par moments qu’il se passe quand même un truc assez joli. Sans que j’arrive à décider s’il y a réellement un talent mélodique derrière le côté kitsch ou si c’est juste un gros coup de nostalgie qui me tombe dessus, parce que d’un seul coup j’ai à nouveau dix ans et l’impression de redécouvrir un langage que je n’ai pas parlé depuis vingt ans mais dont je retrouve spontanément le vocabulaire. Je ne peux pas être objective sur ce groupe, de toute façon. Mais avant aujourd’hui, je n’avais jamais constaté à quel point j’ai cette envie de tout détester en bloc, et en même temps la tentation d’y revenir « juste pour voir ».

 

Tout ça pour dire que l’effet de mode de la période Muriel/Priscilla folle du désert, en plus de me laisser perplexe, m’avait passablement agacée : c’est bizarre de songer que j’ai voué un culte à ce groupe pendant un an de ma vie, en plein milieu d’une période où personne ne paraissait s’y intéresser, au point que des gens de mon entourage trouvaient mon engouement franchement bizarre. C’est une des raisons pour lesquelles je parlais rarement musique au collège (s’il y a une période où on est jugé en fonction de nos goûts musicaux, c’est bien celle-là). Même si, après vérification, le groupe était séparé depuis à peine quatre ou cinq ans lorsque je m’y suis intéressée. Mais finalement, écouter un groupe totalement passé de mode et anticiper avec huit ans d’avance la période où tout le monde va s’y remettre en vous infligeant du Dancing Queen à longueur de soirées et autres mariages… est-ce qu’on ne pourrait pas appeler ça une forme d’avant-gardisme ? J’étais balèze, à dix ans, mine de rien.

 

 

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Histoire de légendes vivantes, de polkas familiales et de Jésus en chocolat

  

C’est une chance pour vous que ce blog ne soit pas sonorisé, sinon vous m’entendriez peut-être chanter en boucle Innocent when you dream, ce qui serait problématique dans la mesure où 1) je chante comme une casserole et 2) je connais très mal les paroles. La chanson m’a tourné dans la tête pendant une bonne heure au retour du Grand Rex. Faut dire que j’ai chialé toutes les larmes de mon corps (j’exagère à peine) en entendant Tom Waits l’interpréter juste après Tom Traubert’s blues. L’intensité de la réaction me sidère d’autant plus que ce sont deux chansons que j’ai finalement assez peu écoutées – Tom Traubert’s blues parce que je la trouve particulièrement déprimante, et Innocent when you dream parce que je connais encore mal l’album Frank’s wild years.

 

S’il y a en revanche un album que je connais sur le bout des doigts, c’est bien Rain dogs (que j’écoute en ce moment même – là par contre, c’est dommage pour vous que ce blog n’ait pas le son, parce que c’est une tuerie absolue). Alors quand le bonhomme a balancé d’emblée, dès le deuxième morceau, la chanson titre entrecoupée d’extraits de l’instrumental Russian dance… C’est là que j’ai eu les larmes aux yeux pour la première fois de la soirée. Et on a eu droit plus tard à Cemetery polka. Mais si, rendez-vous compte, Cemetery polka, le morceau le plus déjanté de Rain dogs, portrait d’une famille dont tous les membres sont plus déglingués les uns que les autres – entre les oncles radins, la vieille tante cinglée qui écoute de l’opéra à longueur de journée, l’oncle dont la maîtresse portoricaine a une jambe de bois, le vieux à qui il faut faire avouer où il a planqué le fric avant qu’il perde la tête pour de bon… Je ne saurais vous dire quel effet ça me fait d’avoir entendu ce truc-là en concert au moins une fois dans ma vie.

 

Et on a eu droit à Chocolate Jesus. Et Hoist that rag. Et All the world is green. Et Get behind the mule. Et Come on up to the house en clôture. Ça fait quelque chose de se prendre en pleine gueule des morceaux qui sont des classiques pour la plupart, de comprendre réellement pour la première fois leur statut de classiques, même quand ce sont des chansons qu’on a peu écoutées soi-même, comme Innocent when you dream pour moi – ça m’a fait quelque chose d’entendre le public reprendre le refrain quand Tom Waits lui a demandé de le chanter à sa place.

 

C’est la deuxième fois de ma vie que je vois en concert une légende vivante. La première fois, c’était Patti Smith. Dans des conditions très différentes puisque c’était cette fois-là dans une salle minuscule (le Nouveau Casino), depuis le premier rang, et je me rappelle avoir passé les dix premières minutes de ce concert-là complètement tétanisée parce que j’étais à un mètre de Patti Smith, tout contre la scène, et qu’elle venait de démarrer le concert par Break it up – qui, en plus d’être une de mes chansons préférées d’elle, est aussi une chanson un peu plus vieille que moi… Accessoirement, je n’ai été tétanisée que trois fois comme ça dans toute ma vie, les deux autres fois étant celle où j’ai rencontré PJ Harvey après un concert en 2004 et celle où je suis allée à une signature de Marianne Faithfull tout récemment. Fin de parenthèse.

 

C’était forcément très différent cette fois-ci, depuis le balcon du Grand Rex. Je suis toujours frustrée quand je suis placée trop loin de la scène pour voir clairement les expressions des artistes. Même si je reconnais que la vue était bien meilleure que je ne m’y attendais. Je regrette presque de ne pas avoir dépensé les 40 euros de plus qui m’auraient permis d’avoir une place d’orchestre (mais 100 euros, c’est déjà le prix le plus élevé que j’aie jamais mis dans une place de concert). Je suis moins rentrée dans l’ambiance que si j’avais été placée devant, mais c’était quelque chose. Rien que de pouvoir me dire que j’ai vu ce bonhomme-là en concert au moins une fois… Il est aussi cabotin que je m’y attendais, parfait dans son rôle de maître de cérémonie d’un petit cirque déglingué, il en fait des tonnes, raconte des histoires toutes plus absurdes les une que les autres – j’ai adoré celle où il énumérait toutes sortes de choses illégales à Paris, comme laver une voiture avec ses sous-vêtements ou donner des cigarettes aux singes. Il jette des paillettes dans les airs, soulève des nuages de poussière quand il marche. Il gesticule, il braille, chante dans un haut-parleur pour Chocolate Jesus. Et musicalement, bien sûr, c’est à tomber par terre du début à la fin. C’est là qu’on comprend réellement à quel point ce type-là est unique, à quel point son personnage, sa musique et sa voix hallucinante ont marqué l’histoire du rock, à quel point il y a dû y avoir un avant et un après Tom Waits.

 

Je terminerai de trier mes photos demain pour les mettre en ligne sur le Cargo (edit : elles sont maintenant en ligne ici). En tout cas, moi qui me traînais en partant de chez moi tout à l’heure (je commence vraiment, mais alors vraiment à saturer côté boulot), je suis sortie de là toute guillerette avec un grand sourire aux lèvres et Innocent when you dream qui me tournait dans la tête. Je suis contente de savoir que je pourrai dire désormais : au moins une fois dans ma vie, j’ai vu Tom Waits sur scène. J’espère que ce ne sera pas la dernière.


Je vous laisse avec une vidéo de Chocolate Jesus, juste pour le plaisir. 

 

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Amanda, you’re telling me a fairy tale

(Entrée postée sur MySpace le 25/06/08)

Je sais, je ne devrais pas être en train d’écrire une entrée de blog. J’ai du boulot en attente, une traduction à terminer (mais les finitions sont quasiment bouclées), une autre à faire avancer (ça ira mieux une fois l’autre traduction rendue), une nouvelle à terminer (je rame un peu, mais ça se construit petit à petit), j’ai perdu hier une journée de boulot à cause d’une interview dont je me souviendrai longtemps (voir ci-dessous) et ça fait deux semaines que je me promets de remettre à jour l’édito de mon site. Ce n’est pas tellement que je manque de temps (quoique), mais j’ai l’impression de me disperser. J’ai hâte d’avoir terminé tout ce qui n’est pas ma traduction en cours (Dime Store Magic de Kelley Armstrong) pour pouvoir m’y consacrer à fond. Le planning de signatures n’aide pas : j’adore ça, mais je ne peux pas m’empêcher de flipper en réfléchissant au nombre de jours de traduction que ça m’a fait perdre. Ça ira mieux quand j’aurai rendu cette traduction de Kelley Armstrong et que je pourrai souffler un peu.

Les signatures, donc… Très chouette week-end à Grenoble, chez Omerveilles, à l’occasion de la Fête de la Musique. Ambiance très conviviale, quoique un peu caniculaire (mon train ayant une heure de retard, je suis arrivée à Grenoble quelque peu ramollie par la chaleur). Quelques discussions très sympa avec des lecteurs (déjà, quelqu’un qui vient de me parler de ma nouvelle « Matilda » en me disant qu’elle lui a rappelé un concert de PJ Harvey, vous imaginez comme ça me fait plaisir). J’ai aussi récupéré sur place un exemplaire en anglais du Rose Madder de Stephen King que je n’ai pas encore lu. Et pour finir la soirée, une balade très sympa dans les rues de Grenoble en pleine Fête de la Musique avec Frédéric, le libraire, mon collègue traducteur Gilles Goulletet sa famille. On est montés en téléphérique jusqu’à la Bastille, ce qui n’a pas manqué de me faire marrer – pour la moi, la Bastille, c’est la place qui se trouve à dix minutes de marche de chez moi… Celle de Grenoble est très chouette, on y a une très belle vue de la ville. Par un soir d’été comme celui-là, c’était particulièrement agréable. J’essaierai de poster des photos sur MySpace et sur mon site dès que j’aurai un moment. Encore faut-il le trouver, le moment.

Prochaine étape : le salon du livre de Nice, de vendredi à samedi. Petit détail tout bête, c’est la première fois que je prendrai l’avion pour me déplacer en France – les seuls voyages en avion de ma vie d’adulte, c’était pour aller à Glasgow puis à Houston. Alors Nice, ça me fait bizarre. J’espère avoir un aussi beau temps qu’à Grenoble, je suis vraiment en manque d’ambiances de vacances estivales en ce moment. Les signatures suivantes, ce seront Kultima (le vendredi 4 et le dimanche 6 juillet, où je participerai aussi à des tables rondes) puis la librairie Labyrinthesde Rambouillet le 12 juillet. Ensuite, relâche en août (et là, j’ai les neurones qui crient « vacaaaaaaances » sur l’air du « braaaaaiiiiiiins » des zombies de série B).

 

Donc, le 21 juin, j’ai raté une journée organisée par mes potes du Cargo et qui avait l’air très sympa, mais je me suis fait la Fête de la Musique toute seule dans le train en m’écoutant en boucle le premier album des Dresden Dolls (et une bonne vingtaine de fois le tube Girl Anachronism dont je ne me lasse pas). Typiquement, c’est un groupe que j’ai découvert sur le tard avant de m’apercevoir que tout le monde autour de moi l’écoutait depuis un bail. Le Cargo leur avait déjà consacré une interview et plusieurs pages de photos. Moi, c’est mon amie Hélène qui m’a fait découvrir ça en décembre dernier et j’ai plongé à fond. Je me revois écroulée de rire à la première écoute de Coin-Operated Boy, dont j’adorais le côté absurde – avant d’écouter attentivement les paroles et de découvrir ce qu’il y a de poignant dans l’histoire de cette fille qui se console d’un chagrin amoureux en compagnie d’un automate. C’est typique de ce que j’adore dans les paroles d’Amanda Palmer : cette ambiguïté constante, cette capacité à écrire des textes qui parviennent à être drôles, tristes, inquiétants et/ou bizarres, tout ça à la fois. J’adore le son du groupe, ce mélange piano/batterie, j’adore la voix d’Amanda, son humour tordu, je suis bidonnée chaque fois que je lis son blog. En ce moment, j’écoute en boucle No, Virginia et je me marre en regardant le clip de Night ReconnaissanceAmanda Palmer et Brian Viglione kidnappent des nains de jardin pour faire des mises en scène. En bref, depuis six mois, je suis de plus en plus fan.

Vous imaginerez donc à quel point j’étais morte de trac hier matin à l’idée qu’à 11h30, j’allais interviewer Amanda Palmer dans un hôtel de Pigalle. Je crois que j’ai arrêté de flipper quand je suis montée à l’étage indiqué et que j’ai entendu sa voix à travers une porte fermée. Là, j’ai su que tout allait très bien se passer et que ce serait un très bon moment. Je crois que j’avais la trouille d’être déçue, comme souvent quand on rencontre des gens qu’on admire. Mais ce qui m’a frappée, c’est que je l’ai trouvée parfaitement identique à l’image que j’avais d’elle (peut-être en partie parce que j’avais vu une vidéo toute récente postée sur son blog et qu’elle y portait presque les mêmes vêtements). Le personnage est aussi marrant que je m’y attendais : très gentille et accueillante, très bavarde, elle parle vite et fort avec de grands gestes, imite des voix et jure comme un charretier avec beaucoup de classe. Je regrette qu’on n’ait pas pu filmer l’interview : je me marre vraiment en réécoutant certains passages, mais c’est beaucoup moins drôle à lire. On a un peu parlé entre autres de Twin Peaks (son album solo s’appelle Who killed Amanda Palmer ?) et de Neil Gaiman, et j’ai beaucoup aimé ce qu’elle disait en fin d’interview de son rapport à l’écriture de paroles et de l’interprétation qu’en font les gens. Résultat, j’ai passé le restant de la journée à retranscrire et traduire cet enregistrement de 26 minutes bien remplies.

L’interview est en ligne ici. Ça s’est un peu organisé à l’arrache, ça a failli tomber à l’eau, mais c’est un chouette souvenir. Je n’ai pas une grande expérience en matière d’interviews : j’en ai fait une poignée par e-mail, trois par téléphone (Maria Mochnacz, Lisa Tuttle et aussi Ken Low du groupe White Hotel), et trois seulement en face à face (Elysian Fields, Eleni Mandell et donc Amanda Palmer). Du coup, je me suis acheté lundi un dictaphone en catastrophe – question sur Twin Peaks oblige, je l’ai fatalement surnommé Diane. Je trouve l’exercice fascinant, ne serait-ce que par son côté imprévisible : on ne sait jamais quelles questions vont prendre ou pas, quelles pistes donneront les échanges les plus intéressants. Amanda m’a effectivement un peu surprise de ce point de vue, mais c’est vraiment un bonheur de l’interviewer. Maintenant, j’attends encore plus impatiemment son album solo à paraître en septembre et son concert à la Boule Noire le 23 octobre. En plus, la chanson Ampersand, dans la version live en écoute sur sa page MySpace, accompagne la rédaction de la nouvelle dont je parlais plus haut – le texte a été long à se débloquer et cette chanson m’a fourni l’un des déclics nécessaires.

Sur ce, je vous laisse, je suis en retaaaaaaaaard (réplique prononcée avec la voix du lapin d’Alice au pays des
merveilles
).

   

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