D’aucuns se plaignaient récemment que je ne mettais pas assez souvent ce blog à jour et que la tonalité en était un peu « schtroumpf grognon » sur les bords. Je profite donc d’un grand regain d’énergie saisonnier pour poster à nouveau et rappeler que les salons reprennent ces jours-ci et que je repars ce week-end à Nancy pour « Le Livre sur la Place ». L’expédition Bragelonne se composera de Laurent Genefort, d’Adriana Lorusso, de Maggie Furey et de Pierre Pevel, qui triche puisqu’il habite déjà Nancy mais qui se rattrape en nous donnant des adresses où bien manger (je sens que ce week-end va être gastronomique). Quand je ne suis pas en train de râler sur l’heure de départ très matinale, je suis impatiente d’y être. Il y a des détails qui me manquent, mine de rien : le café pris le matin dans le train avec les collègues, le petit déjeuner à l’hôtel, le simple fait de dormir à l’hôtel (j’y dors beaucoup mieux que chez moi), sans parler des salons eux-mêmes et des rencontres qu’on y fait. Enfin bref, c’est reparti pour un tour.
À ce sujet d’ailleurs, quelques précisions par rapport au planning annoncé la dernière fois. Le café littéraire du 4 octobre a été confirmé, il se déroulera au Kata Bar en compagnie de Charlotte Bousquet, de l’illustrateur Alain Mathiot et de Lionel du fanzine Borderline. Le thème sera : « Les monstres : aimer les haïr, haïr les aimer ». Quant à la signature du 18 octobre, elle aura lieu à la librairie « Au comptoir des rêves » à Reims en compagnie de Claude Mamier. Il devrait y avoir des animations, notamment des lectures d’extraits de nouvelles, mais je reparlerai de tout ça en temps et en heure.
À part ça, quoi de neuf ? Des mariages autour de moi, et ça me fait tout drôle. Je précise que dans mon entourage, on se marie très peu, et je n’avais encore jamais, avant cette année, assisté à un mariage d’amis. Je viens d’en enchaîner trois dans des circonstances très différentes. La première fois, je n’ai assisté qu’à une partie du repas. La deuxième fois, c’était plus informel et ça ressemblait plus à une grosse teuf entre amis (c’était d’ailleurs très cool). Et je trouve intéressant que le premier mariage d’amis auquel j’assiste du début à la fin, avec la mairie, l’église, le vin d’honneur, le repas, la totale, soit celui d’un couple que j’ai rencontré en jouant à World of Warcraft. Ce qui en dit long non pas sur ma nature de geek mais sur la façon dont les jeux vidéo ont évolué ces dernières années. On en a l’image d’une activité qui isole alors qu’il arrive qu’elle rassemble (cela dit, à l’époque du collège, échanger des disquettes de jeux sur Amstrad faisait partie des rares activités qui me permettaient de socialiser un peu). Ce qui m’a frappée ce week-end, comme la première fois où j’avais rencontré en chair et en os plusieurs membres de ma guilde de WoW, c’est l’impression de familiarité et de complicité immédiate. On croise d’abord des gens sous forme d’un tas de pixels, ensuite on découvre leur visage en photo, on apprend à connaître leur voix quand on parle sous Teamspeak lors des raids et des instances, et puis on se fait une image de la personne qui se cache derrière le personnage. Une image qui se révèle incroyablement juste quand on la rencontre « en vrai » pour la première fois. De fait, on partage pas mal de choses, de gros délires et de bons moments, avec des gens qu’on a assez peu rencontrés mais dont on a réellement fait la connaissance à travers le jeu. Certains peuvent même devenir des amis. Je trouve ça fascinant.
Je vous laisse imaginer ce que peut être un repas de mariage qu’on passe à une table de geeks particulièrement remontés. On a dû passer pour une tablée de gros débiles, mais il y a longtemps que je ne m’étais pas autant marrée. Le mariage lui-même était très chouette (même pour moi qui n’ai jamais bien compris l’intérêt de ce genre de fête). Un détail m’a bien amusée : au milieu d’une décoration très soignée, très jolie et vraiment personnalisée, découvrir la petite touche geek apportée par des plans de table dessinés façon Star Trek, vu que les mariés et plusieurs de leurs témoins ont beaucoup pratiqué le jeu de rôle. Chacune des tables portait le nom d’un vaisseau, chaque personne se voyait attribuer un grade. J’adore quand les gens sont capables de faire des trucs absolument pas sérieux le plus sérieusement possible. Pour moi, c’était la petite touche qui donnait tout son sel à l’ensemble. (Pour ceux qui se poseraient la question, la « photo » ci-dessus représente ma démoniste en grande tenue la fois où elle a assisté au mariage de deux de ses camarades taurens. Oui, on a déjà fêté des mariages dans WoW. On est geek ou on ne l’est pas.)
Comme on peut s’y attendre, j’ai passé une bonne partie de la journée à prendre des photos. Ce qui m’a fait prendre conscience d’une légère frustration : j’ai l’impression d’être coincée à un stade intermédiaire dans l’apprentissage, qui occasionne pas mal de dialogues de sourds. Notamment avec les gens qui ne s’intéressent pas forcément à la photo ou qui se servent de leur appareil uniquement pour garder des souvenirs, sans s’intéresser aux cadrages, à la composition, etc. De fait, j’ai l’impression que je supporte de moins en moins de me faire vanner parce que je mitraille sans arrêt, ou encore parce que je refuse d’utiliser mon flash. Je n’arrive pas toujours bien à faire comprendre que si je le fais, c’est pour une raison précise. C’est comme si on me demandait « à quoi ça sert d’écrire trois pages si c’est pour en couper une ensuite ? » Je suis très loin d’être au point, surtout quand je vois certaines personnes, dans mon entourage, qui en plus d’avoir du meilleur matériel et une plus grande expérience, possèdent aussi un regard, un style et un talent vraiment personnels. Je sais que je n’atteindrai jamais ce stade-là, et quelque part, je ne le cherche pas vraiment. Mais j’ai une idée de plus en plus précise de ce que j’essaie de faire, je tâtonne pour y arriver, j’y parviens de temps en temps, et ça m’énerve un peu qu’on me vanne là-dessus sans comprendre que ça fait partie de l’apprentissage. C’est peut-être excessif, mais je fonctionne comme ça. Si je prends douze photos pour n’en garder qu’une, c’est parce que je sais qu’à ce stade il me faut au moins ça pour obtenir la bonne combinaison d’expression/lumière/réglages qui donnera une photo où il se passe réellement quelque chose – sans parler du facteur aléatoire qui fait survenir les détails les plus improbables pile au moment où l’on prend la photo (surtout dans le cas particulier des concerts).
Mon obsession du moment, qui explique mon refus du flash dans un premier temps, c’est la lumière et le relief. C’est curieux comme l’apprentissage de la photo fonctionne par déclics : à un moment donné, je comprends intuitivement un truc qui m’avait échappé jusque là et je tourne en boucle pendant des mois jusqu’à avoir acquis un semblant de maîtrise. Depuis cette année, peut-être depuis que j’ai reçu mon Canon G9, j’ai l’impression d’avoir appris à voir la lumière différemment. C’est à la limite du sixième sens : j’entre dans une pièce et je vois immédiatement la façon dont la lumière se pose sur les objets, les gens, l’ambiance qu’elle crée et les photos qu’on pourrait faire (le fait que j’envisage de déménager pour un appartement moins sombre que mon cagibi du rez-de-chaussée doit y être pour quelque chose). Du coup, j’ai des moments de frustration absurde quand je suis fière comme un pou d’une photo qui a pile le relief que je voulais, parce que j’ai réussi à capturer pile la bonne lumière, mais que je suis la seule à le voir. Le plus rigolo, compte tenu du fait que je sois très loin d’être au point, c’est que je me découvre un côté élitiste face aux photos des autres, notamment dans le regard hyper critique que je porte que les photos faites au flash – pas le flash maîtrisé des pros, mais le flash utilisé n’importe comment et qui donne des photos sans relief et aux couleurs fades. Quelque part, je vois que j’ai progressé. Pas encore assez, mais c’est un début.
Et maintenant, la rubrique musicale du jour. L’album d’Amanda Palmer avec lequel je rebats les oreilles de tout le monde depuis que j’ai interviewé la dame en juin vient de sortir, il est largement à la hauteur de mes attentes et j’en parle plus en détail ici. Je suis aussi en train de jeter une oreille sur le nouveau Calexico mais je ne sais pas encore ce que j’en pense. Aucun de leurs albums ne m’a autant marquée que The Black Light il y a dix ans, mais je trouve intéressant de voir leurs diverses tentatives pour échapper à l’image qui leur colle à la peau – on dirait qu’après avoir créé un son vraiment reconnaissable sur The Black Light, à base de cuivres et d’un mélange d’americana et de sonorités hispaniques, ils ont passé dix ans à tâtonner pour éviter de tourner en rond, et c’est finalement cette impression de recherche qui rend leur musique si attachante. Le dernier concert que j’avais vu d’eux au Bataclan m’avait laissée sur une impression mitigée, comme si une démarche autrefois spontanée tournait à la formule, mais j’ai hâte de les revoir à la Cigale le mois prochain. Ne serait-ce que pour admirer une fois de plus le jeu de batterie fluide et hypnotique du génial John Convertino.
D’ailleurs, l’annonce de la venue de Christopher Priest me permet une habile transition pour parler cinéma, puisque c’était de son roman Le Prestige qu’était adapté le film du même nom de Christopher Nolan, dont je suis allée voir The Dark Knight qui était précédé d’une réputation alléchante. Le Prestige m’avait un peu laissée sur ma faim, sans doute parce que j’avais du mal à me détacher du roman, dont le film s’éloignait parfois un peu trop à mon goût. The Dark Knight, en revanche, a été une grosse claque. Ça doit être la première fois de ma vie que j’ai les larmes aux yeux à la fin d’un Batman (je sais, ça surprend). On a beaucoup écrit sur l’interprétation hallucinée que fait Heath Ledger du Joker, mais j’avoue avoir moins été impressionnée par son jeu (excellent, je précise) que par le rôle quasi symbolique du Joker dans le film. J’ai adoré la façon dont il se définit lui-même comme « agent du chaos » : un type sans nom, sans histoire, presque une abstraction, qui pousse si loin la folie et se détache à tel point des règles humaines que rien n’a de prise sur lui. Le chaos incarné, pour ainsi dire, qui ne commet pas le mal par vengeance ou parce qu’il a souffert mais simplement par jeu, et parce qu’il se pose ainsi en reflet inversé d’un Batman prisonnier de son obéissance aux règles. Le film y gagne une dimension sombre et tragique qui m’a fait forte impression. Je crois qu’avec le deuxième Tim Burton, c’est le Batman qui m’aura le plus marquée. D’autant que j’aime assez l’interprétation de Christian Bale (je n’étais pas convaincue par Michael Keaton que je préfère mille fois en Beetlejuice, j’ai un souvenir très flou de Val Kilmer et je n’ai pas vu la version de George Clooney).





L’un des (nombreux) avantages que présente mon quartier, c’est la proximité de Bastille et de ses trois cinémas. J’avais des envies de ciné, The Dark Knight ne sort que mercredi, je n’arrivais pas à trancher entre deux films et j’ai donc décidé sur un coup de tête de m’accorder une double séance, ce que je n’avais pas fait depuis une éternité. Ça m’a rappelé l’époque où je squattais les Arcades de Dunkerque dès 11h du matin pendant la Fête du cinéma (il faut savoir qu’entre 16 et 20 ans, j’étais très geek, j’avais très peu d’amis et je m’emmerdais beaucoup à Dunkerque).
C’est toujours bizarre, le mois d’août à Paris, surtout quand tout le monde est parti en vacances. Déjà que j’ai une très nette tendance cyclothymique ascendant introspective, cette période n’arrange pas les choses. Je suis rentrée chez moi hier et j’ai hâte de repartir mercredi passer quelques jours dans le Tarn. Je tourne un peu en rond, même si j’ai eu la chance de pouvoir voir coup sur coup deux amies pas recroisées depuis un bail (l’une parce qu’on s’était perdues de vues un moment, l’autre parce qu’elle a déménagé il y a quelques années).
À part ça, bilan de la semaine garantie 100% sans boulot. Je n’ai pas tout à fait lu ni glandé autant que j’aurais voulu (même si j’ai enfin réussi à finir le Firestarter de Stephen King), et j’ai redécouvert les joies des grosses insomnies qui vous tombent dessus la première nuit où vous pouvez rattraper le sommeil en retard accumulé depuis des semaines – heureusement, j’ai bien récupéré ensuite. Après le séjour à Gand dont j’ai déjà parlé ici, une balade au Touquet pour admirer une expo de sculptures sur sable assez bluffante (la preuve en images), marcher dans le sable et choper le premier et seul coup de soleil de la semaine, puisque c’était le seul jour de beau temps. Et les traducteurs, c’est comme les plantes, ça a besoin de soleil pour s’épanouir. J’ai fini la saison 2 de Desperate Houseviwes que j’avais reçue pour mon anniversaire en novembre dernier (il était temps), fait tourner en boucle le DVD des Dresden Dolls que je n’avais pas encore eu le temps de regarder (surtout une inédite intitulée Pierre qui prend la forme d’un dialogue assez rigolo), feuilleté un ou deux Astérix et globalement pas vu passer le temps.